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ExpertisesPublié le 22/01/2026
5 min

Électrique : Mutation silencieuse de la réparation automobile

L’électrification du parc automobile français ne transforme pas seulement les véhicules et les usages. Elle redéfinit en profondeur les métiers de la réparation, fragilisant des savoir-faire mécaniques historiques tout en faisant émerger de nouvelles compétences liées à l’électronique, au logiciel et à la haute tension. Une mutation rapide, souvent sous-estimée, qui place les garagistes (notamment les indépendants) face à un défi économique et humain majeur.

Crédit photo : diagnostic électronique – Adobe Stock

Un choc structurel pour la mécanique traditionnelle

Le véhicule électrique marque une rupture nette avec l’architecture mécanique qui structurait depuis des décennies l’activité des ateliers. En supprimant des organes entiers (moteur thermique, boîte complexe, embrayage, ligne d’échappement…) il réduit mécaniquement le nombre d’interventions nécessaires tout au long de sa vie. Les études institutionnelles estiment ainsi qu’un véhicule électrique requiert jusqu’à 40 % de main-d’œuvre en moins qu’un modèle thermique équivalent, un chiffre qui se traduit concrètement par moins de passages à l’atelier, pour le plus grand plaisir des consommateurs.

Les pays pionniers de l’électrification offrent un aperçu de ce qui attend la France. En Norvège, référence en la matière, l’entretien global des véhicules a déjà reculé de 12%, tandis que certaines opérations emblématiques de la mécanique traditionnelle ont chuté de 43%, notamment les vidanges, les courroies ou encore les plaquettes de frein. À l’horizon 2035, cette tendance pourrait entraîner en France la suppression de 35 000 à 65 000 emplois, principalement dans les réseaux constructeurs et chez les équipementiers.

Crédit photo : boite de vitesse manuelle absente des véhicules électriques – AP boites.com

Des compétences en mutation

Au-delà des volumes d’emplois, c’est la nature même des compétences qui est bouleversée. Les savoir-faire liés au moteur thermique, longtemps cœur de métier des mécaniciens, deviennent progressivement marginaux dans un parc automobile appelé à se transformer rapidement. Réglages moteur, injection, distribution ou échappement perdent leur centralité économique, au profit de systèmes plus simples mécaniquement mais plus complexes technologiquement. De nombreux professionnels expérimentés se retrouvent face à un risque d’obsolescence de leur savoir-faire, sans toujours disposer des moyens ou du temps nécessaires pour se reconvertir. Selon les projections, les pertes d’emplois pourraient atteindre entre 1 500 et 3 000 postes par an d’ici 2035, faisant de la transition électrique non seulement un enjeu industriel, mais aussi social.

À mesure que la mécanique recule, l’électronique et le logiciel deviennent le nouveau cœur de la réparation automobile. Le diagnostic prend désormais le pas sur l’intervention physique, et la compréhension des systèmes de gestion de l’énergie devient essentielle. Cette évolution ouvre pourtant de nouvelles perspectives. À l’échelle européenne, la montée en puissance de l’électrique pourrait générer plus de 200 000 emplois dans des domaines comme le bobinage, le câblage ou l’électronique de puissance. Mais ces créations ne compensent pas automatiquement les pertes, car elles exigent des profils hybrides, à la croisée de la mécanique, de l’électricité et de l’informatique, encore trop rares dans la filière actuelle.

Crédit photo : Le moteur électrique de l’Opel Ampera-e – Les Numériques

Une transition asymétrique vers plus de formation

Les mécaniciens réparateurs automobiles indépendants se trouvent dans une situation paradoxale. À court terme, ils sont relativement protégés par un parc roulant vieillissant, dont l’âge moyen dépasse 12 ans, encore largement dominé par les motorisations thermiques. Cela leur offre un sursis économique, mais elle peut aussi retarder une adaptation pourtant indispensable. L’accès aux données techniques des véhicules électriques reste complexe et coûteux, les formations spécialisées sur les batteries ou la haute tension représentent un investissement lourd, souvent compris entre 1 500 et 3 000 euros par module, et la concurrence des réseaux constructeurs se renforce. Sans accompagnement, le risque est de voir les indépendants cantonnés à l’entretien d’un parc en fin de vie, tandis que la valeur ajoutée de l’électrique se concentre ailleurs.

Dans ce contexte, la formation apparaît comme le principal levier pour éviter une rupture durable dans la filière. Selon les projections relayées par l’ANFA et le Sénat, jusqu’à 75 000 emplois nets pourraient être menacés si la montée en compétences ne suit pas le rythme de l’électrification. Des établissements spécialisés, à l’image du GARAC, expérimentent déjà des parcours dédiés aux véhicules électriques et hybrides. Mais sans un investissement public massif et une stratégie nationale cohérente, ces initiatives risquent de rester marginales. L’enjeu dépasse la seule technique : il s’agit aussi de redonner de l’attractivité à des métiers en mutation, en montrant que l’automobile électrique peut offrir des carrières qualifiées, durables et valorisantes.

Une transition à piloter, pas à subir

L’électrification du parc automobile français ne signe pas la fin de la réparation automobile, mais son changement de nature. Elle redistribue la valeur, transforme les compétences et impose une adaptation rapide à l’ensemble de la filière. Sans anticipation, la transition risque de fragiliser durablement le tissu des ateliers, en particulier indépendants, au détriment de la proximité et de l’emploi local. À l’inverse, si elle est accompagnée, structurée et financée, cette mutation peut devenir une opportunité. La transition énergétique ne peut être pleinement réussie que si elle est aussi sociale que professionnelle. L’avenir de la mobilité électrique se joue autant dans les batteries et les logiciels que dans la capacité des femmes et des hommes de la réparation automobile à s’approprier ces nouveaux outils.

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