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NewsPublié le 16/01/2026
5 min

Joby : les simulateurs comme clé de voûte du taxi aérien électrique

En recevant son premier simulateur de vol CAE dédié à l’eVTOL S4, Joby Aviation franchit une étape décisive vers l’entrée en service commercial de son taxi aérien électrique. Bien plus qu’un simple outil pédagogique, la simulation s’impose désormais comme un pilier industriel, réglementaire et économique de la mobilité aérienne avancée, aux États-Unis comme au Moyen-Orient.

Crédit photo : l’eVTOL S4 – Wikipédia

La simulation, point d’ancrage du passage à l’échelle

Joby Aviation a officiellement réceptionné le premier des deux simulateurs de vol fournis par CAE pour la formation et la certification des pilotes de son eVTOL S4. Un jalon stratégique pour l’entreprise californienne, qui prépare le lancement de ses opérations commerciales dès 2026. Dans l’écosystème émergent des taxis aériens électriques, la simulation n’est plus juste un complément à l’entraînement réel mais elle devient un passage obligé, exigé par les autorités de certification et intégré dès l’origine dans le modèle industriel.

Ce premier dispositif est un Flight Training Device de niveau 7, un simulateur à très haute fidélité, bien qu’à base fixe. Présenté fin 2025 à Montréal, il a ensuite été démonté puis réassemblé dans une nouvelle installation de 20 900 m² à Marina, en Californie. Le bâtiment a été conçu spécifiquement pour accueillir ce type d’équipement, avec une hauteur sous plafond de près de douze mètres, signe du rôle central accordé à la simulation dans la montée en cadence de Joby.

Un second simulateur indispensable

Ce premier FTD n’est toutefois qu’une étape. Un second simulateur, cette fois de niveau C, donc un Full Flight Simulator monté sur vérins avec restitution du mouvement, doit être livré à Marina au second semestre. Il s’agira d’une copie conforme du premier, enrichie de la dynamique physique indispensable pour satisfaire aux exigences les plus strictes de la Federal Aviation Administration dans le cadre des opérations commerciales.

La coexistence de ces deux dispositifs répond à une double contrainte réglementaire. D’un côté, les États-Unis imposent désormais un recours massif à des simulateurs qualifiés pour la formation des pilotes d’eVTOL, en particulier pour les appareils à poste de pilotage unique comme le S4. De l’autre, le Moyen-Orient, et notamment les Émirats arabes unis, exigent également des standards élevés en matière de formation avant toute autorisation d’exploitation commerciale. Le simulateur de niveau 7 est ainsi explicitement requis pour soutenir le lancement des opérations prévu à Dubaï.

Crédit photo : Full flight simulator de CAE – CAE

Former autrement les pilotes

Contrairement à certaines visions futuristes misant sur des “nouveaux pilotes” issus d’une filière entièrement inédite, Joby s’inscrit dans la continuité de l’aviation civile traditionnelle. Les pilotes destinés au S4 devront déjà être titulaires d’une licence commerciale et d’une qualification de vol aux instruments. La nouveauté réside dans la manière dont ces compétences seront adaptées à un aéronef électrique à décollage et atterrissage verticaux.

Dans ce cadre, les simulateurs CAE occupent une place centrale. Chaque pilote devra effectuer environ vingt-cinq heures de formation sur ces dispositifs avant d’effectuer ses premiers vols solo sur l’appareil. Ces vols se feront sans passagers et sans instructeur à bord, une contrainte directement liée à la configuration à commandes uniques du S4. La simulation devient un véritable outil de sécurité, mais aussi un moyen de réduire le nombre d’heures nécessaires sur l’appareil réel, avec des gains évidents en coûts et en disponibilité.

Crédit photo : Logo officiel Joby – Joby

Un nouveau cadre réglementaire

Cette approche est rendue possible par l’évolution rapide du cadre réglementaire américain. La FAA a mis en place un ensemble de textes spécifiques aux aéronefs de type powered-lift, incluant un SFAR dédié aux licences et aux opérations, ainsi que le programme MOSAIC qui vise à moderniser la certification et la formation des pilotes. Dans ce contexte, l’usage des Flight Simulation Training Devices a été largement élargi, avec une reconnaissance officielle de dispositifs allant des FTD de niveau 4 à 7 et des simulateurs complets de niveau A à D.

Pour le certificat de pilote commercial powered-lift, une partie significative du temps de commandant de bord peut désormais être réalisée en simulateur de niveau C ou supérieur. Pour les opérations Part 135, la FAA aligne progressivement les exigences eVTOL sur celles de l’aviation commerciale classique, tout en introduisant des équivalences inédites, comme la reconnaissance d’un contrôle Part 135 en lieu et place d’une épreuve pratique distincte.

Un enjeu industriel et social majeur

Avec ses deux simulateurs, Joby estime pouvoir former environ 250 pilotes par an. Un chiffre à mettre en regard d’un objectif industriel ambitieux, pouvant atteindre à terme jusqu’à 500 appareils produits annuellement. Comme l’ensemble du secteur aérien, l’entreprise se heurte à une pénurie mondiale de pilotes et à des coûts de formation élevés.

Pour y répondre, Joby a développé sa propre académie, s’appuyant sur des avions de sport légers construits en interne. L’objectif est de réduire les coûts d’exploitation tout en inculquant dès le départ les procédures et la culture opérationnelle de l’entreprise. Le modèle eVTOL, fondé sur des vols courts et urbains est également présenté comme un argument social fort, susceptible d’attirer des pilotes souhaitant travailler près de leur lieu de vie.

La simulation : socle de la mobilité aérienne électrique

Au-delà du cas Joby, l’arrivée de ces simulateurs illustre une tendance de fond de la mobilité aérienne avancée. La convergence entre développement produit, certification réglementaire et structuration d’un écosystème de formation robuste. Dans cette équation, la simulation s’impose comme un levier central, à la fois pour garantir la sécurité, contenir les coûts et permettre la montée en échelle indispensable à la viabilité économique des taxis aériens électriques. À Marina, en Californie, les simulateurs CAE de Joby ne préparent pas seulement des pilotes, ils tentent de dessiner les contours d’une aviation électrique qui cherche à passer du prototype au service commercial.

Sources : Joby aviation, Autonomyglobal 

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