Dans l’histoire automobile européenne, rares sont les modèles capables de traverser les décennies sans perdre leur utilité. La Iso Isetta en fait partie. Née dans une Europe en reconstruction, devenue un symbole de mobilité accessible, elle réapparaît aujourd’hui sous une formeplus verte avec la Microlino. Cette dernière s’impose comme une relecture contemporaine d’un concept vieux de plus de 70 ans.

L’Isetta, icône d’une Europe en reconstruction
Pour comprendre la portée de la Microlino, il faut revenir au début des années 1950. L’Isetta est lancée en 1953 par Iso, une entreprise italienne spécialisée à l’origine dans les scooters et petits véhicules. Le contexte est alors très particulier : l’Europe sort de la Seconde Guerre mondiale, le pouvoir d’achat est limité et les infrastructures encore fragiles. L’automobile classique reste hors de portée pour une grande partie de la population.
C’est dans ce cadre que l’Isetta s’impose comme une solution radicalement différente. Longue d’environ 2,30 mètres, pesant à peine 350 kg, elle adopte une architecture unique : une porte frontale qui englobe tout l’avant du véhicule, permettant un accès direct à bord. À l’intérieur, deux passagers prennent place côte à côte, dans un espace réduit mais optimisé. Son moteur monocylindre, dérivé de la moto, développe une puissance modeste d’environ 12 chevaux, pour une vitesse maximale proche de 85 km/h.


Mais ce qui fait réellement le succès de l’Isetta, c’est sa diffusion à grande échelle sous licence, notamment par BMW. Le succès est immédiat. Produite entre 1955 et 1962, l’Isetta s’écoule à plus de 160 000 exemplaires rien qu’en Allemagne, pour l’époque c’est impressionnant. À l’échelle mondiale, toutes versions confondues, la production dépasse les 300 000 unités. Avec son moteur monocylindre issu de la moto (souvent autour de 250 à 300 cm³), sa consommation extrêmement faible et son gabarit ultra-compact (2,3 mètres de long environ), elle devient l’incarnation d’une mobilité accessible, rationnelle et ingénieuse.
Plus encore, l’Isetta sauve littéralement BMW de la faillite. Elle permet à la marque de survivre à une période critique et de financer progressivement son repositionnement vers des modèles plus ambitieux. Rarement une voiture aussi atypique aura eu un rôle aussi structurant dans l’histoire d’un constructeur.

Pourquoi ce concept résonne encore aujourd’hui
Plus de 70 ans plus tard, le contexte a changé, mais certaines problématiques restent étonnamment proches. La congestion urbaine, la rareté du stationnement ou encore le coût global de la mobilité poussent à repenser le format même de la voiture.
Dans les grandes métropoles européennes, la taille moyenne des véhicules contraste de plus en plus avec les usages réels. Une majorité des trajets se fait seul, sur de courtes distances, dans des environnements saturés. C’est précisément sur ce terrain que l’Isetta avait trouvé sa pertinence dans les années 1950.

C’est sur cette base que la Microlino a été pensée. Développée par la société suisse Micro Mobility Systems, elle reprend explicitement les codes de l’Isetta.
Le parallèle visuel est immédiat : porte frontale, silhouette arrondie, format ultra-compact. Avec une longueur d’environ 2,50 mètres, la Microlino reste dans la même philosophie que son ancêtre. Elle conserve également la configuration deux places et l’idée d’un véhicule conçu exclusivement pour un usage urbain. Aussi et surtout, l’ouverture porte avant ultra originale est gardée dans l’objectif de rappeler ce qu’était Isetta. Pour autant, au vu des dimensions XS de ce quadricycle, on retrouve tout de même un coffre de 230 litres.

Une transformation dictée par le XXIe siècle
Là où la Microlino s’éloigne radicalement de l’Isetta, c’est sur le plan technologique. Exit le moteur thermique monocylindre : la Microlino est 100 % électrique. Elle propose plusieurs configurations de batterie, avec une autonomie allant jusqu’à environ 230 km selon les versions, pour une vitesse maximale d’environ 90 km/h.

Ces chiffres la positionnent clairement comme un véhicule urbain, pas capable de rivaliser avec une voiture traditionnelle sur autoroute. Mais c’est précisément là que réside sa cohérence : elle ne cherche pas à tout faire, seulement à répondre efficacement à un usage ciblé.
Autre évolution majeure : la sécurité et la conception. Contrairement à l’Isetta, la Microlino bénéficie de standards modernes en matière de structure, de freinage et d’équipements.

Une icône réinterprétée, pas copiée
Avec la Microlino, l’Isetta ne revient pas telle qu’elle était. Elle est réinterprétée, adaptée, projetée dans un nouvel environnement, et s’inscrit dans une démarche émotionnelle.
Dans les années 1950, l’Isetta répondait à une Europe en reconstruction. En 2026, la Microlino répond à une mobilité urbaine en mutation. Entre les deux, un même fil conducteur : proposer une solution simple, compacte et cohérente avec son époque. Certaines idées ne vieillissent pas, elles évoluent.












