Fin janvier 2026, un ferry électrique suédois a établi le record mondial du plus long voyage jamais réalisé par un navire électrique, en reliant Göteborg à Oslo sur près de 300 kilomètres. Mais au-delà de la performance symbolique du Candela P-12, cette traversée marque surtout une rupture stratégique : celle d’une électrification maritime opérable sans infrastructures lourdes.

Un record, mais surtout une démonstration commerciale
Le périple s’est déroulé sur trois jours, entre le 30 et le 31 janvier 2026, le long des côtes suédoises et norvégiennes. Au total, l’embarcation, pouvant transporter jusqu’à 30 passagers assis plus un capitaine, a parcouru 160 milles nautiques (296 km), avec de simples arrêts réalisés sur des quais publics pour faire des démonstrations de recharge, sans station mégawatt dédiée ni échange de batteries.

Aux commandes de l’opération : Gustav Hasselskog, fondateur et CEO de Candela Technology. Pour l’entrepreneur suédois, le message de cet événement n’est pas qu’une question de performance :
« L’infrastructure de recharge représente le coût caché de l’électrification des navires conventionnels. Dans bien des cas, construire des chargeurs de plusieurs mégawatts coûte autant que les navires eux-mêmes. Notre avancée, c’est que le P-12 charge rapidement et peut opérer partout. »
Une affirmation étayée par les chiffres. Le coût énergétique total du voyage n’a pas dépassé 200 euros, soit environ 0,12 €/km, avec trois à quatre recharges partielles de 20 à 60 minutes via des bornes DC classiques (150 à 350 kW).
Le secret : voler au-dessus de l’eau
Si le Candela P-12 affiche de telles performances, c’est grâce à une architecture radicalement différente des ferries traditionnels. En effet, le navire repose sur des hydrofoils pilotés par intelligence artificielle, capables de soulever la coque de 50 centimètres à un mètre au-dessus de l’eau dès 16 nœuds. Le résultat est tout simplement bluffant sur tous les points :
- 80 à 90 % de consommation en moins,
- quasiment aucun sillage,
- une navigation silencieuse,
- et une réduction massive du mal de mer (jusqu’à −90 % selon Candela).

Véritable bolide des mers, le Candela P-12 est propulsé par deux moteurs électriques C-POD développant jusqu’à 340 kW en continu, alimentés par une batterie lithium-ion d’environ 336 kWh utilisables. Des performances comparables à celles d’un ferry thermique traditionnel, avec une vitesse de croisière de 25 nœuds et des pointes à 30 nœuds, mais pour une empreinte environnementale nulle à l’usage.
Un modèle économique déjà crédible
Affiché à 1,7 million d’euros, le Candela P-12 ne coûte pas plus cher à l’achat qu’un ferry diesel équivalent. En revanche, ses coûts d’exploitation sont jusqu’à 50 % inférieurs, grâce à une maintenance simplifiée et à un coût énergétique évidemment dérisoire, merci l’électrique.
Évidemment, cette équation économique change la donne pour les collectivités et les opérateurs de transport maritime. Là où certains pays misent sur des infrastructures de recharge lourdes, volumineuses et coûteuses, ou encore sur des systèmes d’échange de batteries à plusieurs centaines de millions d’euros, Candela propose une approche plus accessible et immédiatement déployable.
Scandinavie : laboratoire du ferry électrique volant
Ce n’est pas un coup de chance pour la marque nordique, puisque le Candela P-12 est déjà intégré à des projets de transports publics, notamment autour de Stockholm. Là-bas, il relie l’île d’Ekerö au centre-ville de la capitale suédoise en 25 minutes, contre près d’une heure en bus.

De plus, chez le voisin norvégien, plusieurs collectivités testent le P-12 sur des liaisons côtières courtes, une nécessité pour ce pays qui vise 50 % de ferries zéro émission dès 2025. Le ferry électrique à hydrofoils devient ainsi un outil stratégique pour concilier mobilité, environnement et contraintes géographiques.
Vers des transports maritimes propres au quotidien ?
Avec ce record, Candela ne signe pas seulement une prouesse technologique. Il valide un concept appelé à se multiplier : celui de ferries électriques capables d’assurer des liaisons régulières jusqu’à 50 milles nautiques, avec des coûts maîtrisés et une empreinte environnementale minimale.
À l’heure où l’Organisation maritime internationale vise la neutralité carbone à l’horizon 2050, le Candela P-12 montre que cette transition est atteignable sans perdre en qualité.














