Le 12 mai 2026, depuis Londres, Lotus a présenté Focus 2030, sa nouvelle stratégie commerciale. Ce n’est pas un simple plan de croissance : c’est une réorientation profonde, qui replace l’hybride et le thermique au cœur du portefeuille, annonce une supercar V8 de plus de 1 000 chevaux pour 2028 et redéfinit ce que la marque veut être dans un marché automobile en pleine recomposition.

Quatre piliers, un vrai changement de cap
Focus 2030 repose sur quatre axes : renforcement de la marque, stratégie multi-motorisations, collaboration étroite avec les partenaires et discipline financière. Mais derrière cette structure, c’est surtout le deuxième pilier qui change tout. Lotus cesse de regarder le 100 % électrique comme un horizon exclusif, et adopte une approche beaucoup plus flexible selon les marchés, les segments et les usages.
Qingfeng Feng, CEO du groupe, le dit clairement : “Lotus est né de l’esprit rebelle de Colin Chapman, et cela n’est pas perdu aujourd’hui. Focus 2030 réinitialisera à la fois la marque et l’entreprise pour nous garder fidèles à notre ADN. Nous sommes obsédés par l’ingénierie, obsédés par la performance et obsédés par la construction de voitures de conducteurs.”
L’ADN Lotus, légèreté, aérodynamique, engagement du pilote, reste la boussole. Mais la façon d’y parvenir s’élargit considérablement.

60 % hybride, 40 % électrique : le nouvel équilibre
Le changement le plus structurant est là : Lotus vise désormais un mix d’environ 60 % de véhicules hybrides rechargeables et 40 % de véhicules 100 % électriques dans son portefeuille électrifié à court terme. Les motorisations thermiques et hybrides restent aussi à la carte selon les segments. La transition vers l’électrification complète sera guidée par la demande client, pas par un calendrier imposé.
La première brique concrète de cette stratégie, c’est la technologie X-Hybrid, déjà lancée en Chine sur l’Eletre sous le nom Eletre X. L’architecture associe un groupe motopropulseur thermique à une composante électrique sur une base 900V, avec 952 ch, une autonomie électrique allant jusqu’à 350 km, une autonomie totale de plus de 1 200 km sans ravitaillement ni recharge, et un 0 à 100 km/h en 3,3 secondes. La batterie de 70 kWh se charge de 20 à 80 % en neuf minutes. Les premières livraisons en Europe sont attendues au quatrième trimestre 2026.
Les retours en Chine sont encourageants : plus de 1 000 précommandes ont été enregistrées dès le premier mois. C’est sur cette base que Lotus entend construire sa montée en puissance hybride sur les marchés occidentaux.

Type 135 : le V8 hybride de plus de 1 000 chevaux
C’est le modèle qui symbolise le mieux ce changement de cap. La Type 135, initialement envisagée comme une supercar 100 % électrique, embarquera finalement un moteur V8 associé à une assistance électrifiée. Puissance annoncée : plus de 1 000 chevaux. Lancement prévu : 2028. Production : en Europe.
Ce choix est délibéré. Dans le segment des sportives extrêmes, l’électrification totale ne s’est pas imposée avec la même évidence qu’ailleurs. La question du poids, de l’autonomie et surtout de l’expérience de conduite reste centrale pour une clientèle très exigeante sur les sensations mécaniques. Lotus répond à cette réalité sans détour.
La Type 135 devrait s’inspirer fortement du concept Theory 1, présenté comme une base technologique directement compatible avec une industrialisation. Les premiers visuels suggèrent une filiation assumée avec les grandes sportives historiques de la marque, l’Esprit en tête. D’autres détails seront dévoilés plus tard dans l’année.

L’Emira, de son côté, reste au catalogue. Lotus confirmera dans les prochaines semaines une mise à jour présentée comme la plus puissante et la plus légère jamais produite, un signal supplémentaire que la marque ne tourne pas le dos à ses clients les plus traditionnels.
Geely, levier industriel au cœur du dispositif
Ce repositionnement ne serait pas possible sans Geely. L’actionnaire majoritaire joue un rôle central dans Focus 2030 : optimisation des coûts, mutualisation des technologies, accélération des cycles de développement. Lotus UK et Lotus Technology, jusqu’ici deux entités distinctes, vont fusionner en une structure unique d’ici la fin de l’année — une simplification qui doit réduire les frictions internes et accélérer l’ingénierie des futurs modèles.
Daniel Li, président du conseil d’administration de Lotus Technology et vice-président exécutif de Geely, est direct : « Geely a cru en Lotus depuis le début, et cette croyance n’a pas faibli. Ce que Lotus apporte est irremplaçable. »
30 000 ventes, des marges solides, une géographie claire
Sur le plan économique, Lotus adopte une cible mesurée : 30 000 ventes annuelles à horizon 2030. Ce volume, contenu à l’échelle de l’industrie, correspond à une stratégie centrée sur la montée en gamme, la personnalisation et des marges plus solides plutôt que sur la course aux volumes.
La répartition géographique est précisément définie. La Chine comme principal moteur de croissance, portée par la forte demande de véhicules haut de gamme électrifiés. L’Europe comme cœur historique et technologique. L’Amérique du Nord comme marché stratégique pour les sportives et les SUV, avec une nouvelle opportunité au Canada. Et les régions APAC et Moyen-Orient comme relais d’expansion progressif, avec une présence désormais établie sur 25 marchés.
Ce que Focus 2030 dit vraiment
Lotus ne renonce pas à l’électrique. L’Eletre, l’Emeya et l’Evija restent des piliers du portefeuille, la marque rappelle d’ailleurs qu’elle a été l’une des premières à adopter l’architecture 800V sur ses SUV et GT électriques. Mais elle cesse d’en faire une trajectoire unique imposée à l’ensemble de sa gamme.

Ce que Focus 2030 dit, au fond, c’est qu’une marque comme Lotus ne peut pas se permettre de construire des voitures qui ressemblent à tout le monde. Quelle que soit la motorisation, chaque modèle devra répondre aux mêmes exigences : légèreté, engagement, précision. La Type 135 et son V8 hybride en sont l’illustration la plus claire. Lotus ne suit pas une tendance. Elle cherche à préserver ce qui la rend unique.












