Sur les routes comme dans les politiques publiques, la transition électrique n’est plus une promesse mais une réalité bien engagée. Véhicules électriques de plus en plus visibles dans les centres urbans, bornes de recharge qui se déploient à un rythme soutenu, entreprises et pouvoirs publics alignés sur une même trajectoire : le royaume s’impose désormais comme l’un des marchés européens les plus dynamiques de l’électromobilité.

Un marché qui croît à grande vitesse
L’année 2024 restera comme un tournant pour la voiture électrique en Belgique. 127 750 véhicules 100% électriques (BEV) ont été immatriculés, soit une progression de 37% par rapport à 2023. Une performance qui place le pays parmi les marchés les plus dynamiques d’Europe occidentale. Désormais, les BEV représentent 28,5% du marché du neuf, et lorsqu’on y ajoute les hybrides rechargeables, ce sont plus d’une voiture neuve sur deux qui dispose d’une prise.
Mais derrière cette croissance rapide se cache une réalité structurelle différente de ce que l’on pourrait penser : les flottes d’entreprise jouent un rôle moteur. En effet, près de 87% des nouveaux véhicules électriques sont aujourd’hui immatriculés par des sociétés. Avantages fiscaux, politiques de verdissement des parcs poussent les entreprises à électrifier rapidement leurs flottes.
Les particuliers, eux, avancent plus prudemment. Coût d’achat, autonomie perçue et accès à la recharge restent des freins. Pourtant, la dynamique s’installe progressivement : dès le premier trimestre 2025, une voiture neuve sur trois immatriculée en Belgique est électrique, signe que la bascule s’opère, sûrement.
Selon les données du marché pour 2024, le Tesla Model Y s’impose comme le BEV le plus vendu en Belgique, avec plus de 13 200 immatriculations, loin devant ses concurrents. Il est suivi par l’Audi Q4 e-tron (≈ 8 600 unités) et la Tesla Model 3 (≈ 8 000), qui confirment l’appétence des acheteurs pour les SUV et berlines électriques bien implantés. Le BMW iX1 et le Volvo EX30 complètent le top 5, illustrant la forte demande pour les SUV compacts et premium sur le marché belge.

Un réseau de recharge dense mais inégal
Pour accompagner cette montée en puissance, la Belgique peut s’appuyer sur un écosystème de recharge déjà solide. Le pays recense aujourd’hui plus de 100 000 points de recharge, en incluant les bornes publiques, semi-publiques et privées, ce qui le place parmi les États européens les mieux équipés rapportés à la population.

Dans le détail, le réseau strictement public révèle toutefois de fortes disparités régionales. La Flandre concentre à elle seule 43 655 bornes publiques en 2025 (données FEBIAC/Traxio), reflet d’une politique volontariste et d’investissements soutenus. À l’inverse, la Wallonie ne compte que 2 799 bornes, tandis que Bruxelles en recense 1 903.
Le reste du parc est principalement constitué de bornes installées sur des sites d’entreprises, des parkings privés ouverts au public, des centres commerciaux ou des domiciles.
Et pour répondre à l’explosion du parc roulant, pouvoirs publics et acteurs privés se sont fixé un cap clair : 200 000 bornes publiques à l’horizon 2030, avec une attention particulière portée aux bornes rapides et ultra-rapides, essentielles pour lever les freins liés aux longs trajets.
Des mesures fiscales et des primes pour accélérer la transition
La progression de l’électromobilité en Belgique repose aussi sur un cadre fiscal particulièrement incitatif. Les véhicules électriques bénéficient d’exonérations de taxes de mise en circulation et de circulation, tandis que la TVA sur l’électricité est réduite à 6%, rendant l’usage quotidien plus attractif.
Côté entreprises, la déductibilité fiscale des véhicules électriques, en vigueur jusqu’en 2026, reste l’un des leviers majeurs de l’électrification des flottes. À cela s’ajoutent différentes primes régionales pour l’achat de véhicules et l’installation de bornes de recharge.
À titre historique, la prime flamande pour l’achat de BEV neufs de moins de 40 000 € a été arrêtée en novembre 2024. Si elle n’est plus d’actualité, elle illustre néanmoins la volonté passée des autorités régionales d’accélérer l’adoption du véhicule électrique.
Enfin, la recharge à domicile continue d’être encouragée : jusqu’à 75% des coûts d’installation peuvent être déduits fiscalement, dans un cadre réglementaire bien défini.
Industrie et acteurs : la Belgique au cœur de l’innovation
Au-delà des chiffres de vente et du déploiement des infrastructures, la Belgique conserve un rôle stratégique dans l’industrie automobile européenne, en particulier dans la montée en puissance du véhicule électrique. Grâce à sa position géographique et à son savoir-faire industriel, le pays s’inscrit comme un maillon clé de la chaîne de valeur électromobile.
À Bruxelles, le site Audi Brussels s’est imposé comme l’une des premières usines européennes dédiées à la production de véhicules 100% électriques haut de gamme, avec l’assemblage de l’Audi Q8 e-tron.

Du côté de la Flandre, Volvo Cars Gent joue également un rôle central. L’usine a engagé une transformation profonde pour accompagner la stratégie d’électrification du constructeur suédois, avec la production de modèles électrifiés et l’adaptation progressive de ses lignes à l’assemblage de véhicules électriques destinés au marché européen.
C’est une dynamique qui ne se limite pas au véhicule particulier. La Belgique s’impose aussi comme un acteur de référence dans le segment des bus et autocars électriques, un marché en pleine expansion porté par les politiques de décarbonation des transports publics. Des industriels belges reconnus à l’échelle européenne conçoivent et assemblent des véhicules électriques destinés aux réseaux urbains et interurbains.
Salon de l’automobile de Bruxelles 2026 : l’événement clé
C’est dans ce contexte que le Salon de l’automobile de Bruxelles 2026 prendra toute sa dimension. À partir du 9 janvier 2026, sur 60 000 m², plus de 60 marques présenteront leurs nouveautés, avec une place centrale accordée aux véhicules électriques, aux solutions de recharge et aux technologies de mobilité durable. Plus qu’un salon, l’événement se veut une plateforme d’échanges, mêlant innovation, industrie et pédagogie.
Des initiatives comme l’Eco-Parcours de Febelauto permettront notamment de sensibiliser le public aux enjeux du recyclage des batteries et de l’économie circulaire, rappelant que l’électromobilité ne se limite pas à l’usage du véhicule, mais englobe toute une chaîne de valeur.

Défis et perspectives
Malgré cette dynamique positive, plusieurs défis demeurent :
- Les disparités régionales dans l’accès aux infrastructures restent marquées.
- L’adoption par les particuliers progresse, mais demeure freinée par le prix d’achat et certaines inquiétudes liées à l’autonomie.
- Le déploiement de bornes rapides doit encore s’intensifier pour accompagner la croissance du parc.
- Enfin, la coordination réglementaire avec les standards européens reste un enjeu clé.
À l’horizon 2030, les ambitions sont claires : 2 millions de véhicules électriques sur les routes belges et un doublement du nombre de bornes publiques. Pour y parvenir, le pays devra multiplier par cinq son parc actuel, tout en maintenant un haut niveau de qualité de service.
Conclusion : la Belgique, laboratoire européen de l’électromobilité
Croissance soutenue des immatriculations, réseau de recharge en expansion, fiscalité incitative et tissu industriel solide : la Belgique avance méthodiquement vers une mobilité électrique de masse. Le Salon de l’automobile de Bruxelles 2026 s’inscrira comme un temps fort de cette transformation, où innovations technologiques, acteurs industriels et enjeux environnementaux se rencontreront sur un même plateau.
Combinant politiques publiques et dynamiques de marché, le royaume confirme ainsi son rôle de laboratoire européen de l’électromobilité, capable d’inspirer ses voisins et de capter l’attention des professionnels du secteur.


















