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SuissePublié le 18/01/2026
6 min

L’électromobilité en Suisse : une implantation solide, mais loin des objectifs affichés

La Suisse poursuit sa transition à son propre rythme. Sans primes nationales massives ni interdictions radicales, le pays helvétique mise sur une approche pragmatique, décentralisée et largement portée par les cantons. Résultat : des parts de marché en hausse, une infrastructure dense, mais des objectifs fédéraux encore hors de portée.

source : Ok voyage

Un marché électrique en croissance malgré un contexte difficile

En 2025, le marché automobile suisse totalise environ 235 000 immatriculations neuves, en léger recul par rapport à 2024 (-2 %), conséquence directe d’un climat économique tendu et d’une prudence accrue des ménages comme des flottes professionnelles.

Dans ce contexte, l’électromobilité continue pourtant de progresser. Les véhicules 100 % électriques (BEV) atteignent 50 975 immatriculations, en hausse de 15 % sur un an, pour une part de marché de 22,8 %. Les hybrides rechargeables (PHEV) confirment également leur attractivité avec 25 284 unités, soit 11,1 % du marché.

Au total, 33,9 % des voitures neuves vendues en Suisse en 2025 sont rechargeables, soit une voiture sur trois, un record absolu pour le pays. Le mois de décembre illustre parfaitement cette dynamique, avec 42,7 % de parts de marché pour les véhicules rechargeables.

Fin 2025, le parc roulant compte environ 230 000 véhicules électriques, contre seulement 7 500 dix ans plus tôt. Une multiplication par trente, même si l’électrique ne représente encore que 5 % du parc total, face à 83 % de véhicules thermiques ou diesel.

SUV électriques et constructeurs dominants

Comme dans le reste de l’Europe, les SUV électriques dominent largement les ventes suisses. En tête du classement 2025, la Tesla Model Y s’impose une nouvelle fois comme la référence du marché avec 4 522 unités, portée notamment par un mois de décembre particulièrement dynamique.

La surprise vient de Škoda, qui place deux modèles sur le podium. Le Škoda Elroq, SUV compact récemment lancé, séduit par son positionnement tarifaire et atteint 3 308 immatriculations, devant le Škoda Enyaq (2 774 unités), devenu le modèle électrique le plus vendu de la marque, tous segments confondus.

source : Skoda

Derrière ce trio, on retrouve la Tesla Model 3, les Volkswagen ID.4 et ID. Buzz, ainsi que plusieurs modèles chinois comme les BYD Seal et Atto 3, de plus en plus visibles sur les routes helvétiques. La Suisse confirme ainsi un marché ouvert, où premium, généralistes et nouveaux entrants cohabitent.

Un réseau de recharge dense mais inégal

Côté recharge, avec environ 18 000 points de recharge publics fin 2025, la Suisse dispose d’un des réseaux les plus denses d’Europe, se classant au 7ᵉ rang continental. Le nombre de bornes a progressé d’environ 30 % en moins de deux ans, avec une montée en puissance notable des infrastructures de recharge rapide.

source : GESA

Toutefois, 80 % des recharges s’effectuent encore à domicile ou sur le lieu de travail, contre seulement 20 % sur le réseau public. Une réalité qui pénalise particulièrement les locataires en zones urbaines, très dépendants des bornes publiques.

Mais ce développement n’est pas le même partout. En effet, les cantons de Zurich (environ 2 000 points), Berne (1 300) et Vaud (1 200) concentrent l’essentiel de l’infrastructure. À l’inverse, les zones rurales et alpines restent en retrait et ne se développent donc pas à la même vitesse.

Une stratégie fédérale sans contrainte forte

Contrairement à certains pays de l’Union européenne, la Suisse n’a jamais misé sur des primes nationales massives pour accélérer l’adoption des véhicules électriques. La stratégie repose avant tout sur l’efficacité énergétique, la fiscalité indirecte et l’engagement volontaire des acteurs.

La feuille de route fédérale visait 50 % de véhicules rechargeables dès 2025, un objectif clairement manqué avec 33,9 %. Elle a depuis été prolongée jusqu’en 2030, avec un élargissement aux camions, bus et véhicules utilitaires, secteurs où la Suisse affiche de meilleurs résultats.

L’exonération de la LSVA pour les poids lourds électriques a ainsi permis une forte progression des camions BEV, qui représentent désormais plus de 18 % des nouvelles immatriculations dans ce segment, un record européen.

Entreprises et acteurs locaux

Si la Suisse ne compte pas de constructeur national majeur, elle dispose cependant d’un écosystème solide. L’organisation  nationale de référence, Swiss eMobility, coordonne cantons et acteurs privés, publie des statistiques et accompagne les projets d’infrastructure et participe activement à la définition des feuilles de route fédérales.

Côté recharge, c’est SwissCharge qui est un acteur important avec une présence croissante dans les centres urbains et sur les axes stratégiques. L’entreprise est accompagnée par les énergéticiens cantonaux qui développent le réseau de bornes publiques, notamment pour répondre aux besoins des flottes et des utilitaires. 

Parmi les start-up suisses les plus emblématiques figure Microlino, qui s’est fait connaître avec sa micro-voiture électrique urbaine inspirée de l’Isetta. Conçue pour les déplacements en ville, elle mise sur compacité, simplicité et autonomie adaptée aux trajets quotidiens, offrant une alternative légère aux SUV et berlines classiques.

source : microlino

Les acteurs historiques de la mobilité jouent aussi un rôle clé. Le Touring Club Suisse (TCS) s’impose comme un relais majeur d’information et d’analyse pour les particuliers, tandis que auto-schweiz et la VFAS représentent les importateurs et le commerce automobile indépendant, tout en participant activement au débat sur le rythme et les modalités de la transition.

Des disparités cantonales marquées

La transition électrique suisse reste profondément décentralisée. Les cantons urbains et économiquement dynamiques affichent les meilleurs résultats en matière d’immatriculations de voitures neuves électriques, à commencer par Zurich, où les BEV représentent plus de 30 % des nouvelles ventes. De plus, Soleure, Lucerne et d’autres cantons dépassent également les 25 %.

À l’inverse, le Tessin reste à la traîne avec environ 12 % de parts de marché, pénalisé par une infrastructure limitée, une forte influence transfrontalière italienne et des habitudes de mobilité différentes.

Ces écarts s’expliquent par une combinaison de facteurs : niveau de revenu, urbanisation, densité de bornes et culture automobile.

Freins persistants et avenir sous conditions

Malgré une dynamique globalement positive, l’électromobilité suisse se heurte encore à plusieurs freins structurels. Comme dans de nombreux pays en Europe, le nerf de la guerre est toujours le même : l’argent. En ce sens, la mobilité électrifiée ne marque pas de points, car le prix d’achat, en l’absence de primes nationales, reste élevé et moins abordable, y compris dans un pays au fort pouvoir d’achat.

À cela s’ajoutent les contraintes liées à la recharge, notamment pour les nombreux locataires sans accès à une borne privée, ainsi que les incertitudes autour du coût de l’électricité et du cadre fiscal à venir.

Les conditions hivernales alpines, la question de l’autonomie sur longue distance et une prudence culturelle marquée face au renouvellement technologique continuent également de peser sur les décisions d’achat.

Résultat : selon les études récentes, seuls 24 % des futurs acheteurs envisagent aujourd’hui un véhicule 100 % électrique, laissant une place importante aux hybrides rechargeables, perçus comme un compromis plus polyvalent et rassurant.

À court terme, le pays vise 40 % de véhicules rechargeables dès 2026, avant d’atteindre une majorité électrique à l’horizon 2035, sans interdiction formelle du thermique. Une trajectoire volontairement prudente, fidèle à l’approche helvétique : avancer sans brusquer, mais sans revenir en arrière.

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