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MarocPublié le 02/05/2026
5 min

Le Maroc : un marché encore limité, mais une stratégie industrielle déjà bien en place

Encore peu visible dans les classements mondiaux de l’électromobilité, le Maroc avance pourtant à un rythme soutenu. Si le véhicule 100 % électrique y reste encore marginal, les dynamiques observées ces dernières années traduisent une transformation progressive du marché. Le royaume développe une trajectoire singulière, à mi-chemin entre marché émergent et futur hub stratégique.

Un marché automobile en forte reprise, porté par les motorisations hybrides

Le marché automobile marocain a connu un net rebond en 2025, avec 235 372 immatriculations, soit une progression de +33 % sur un an. Une dynamique qui s’accompagne d’une électrification progressive du parc.

Aujourd’hui, environ 12,5 % des ventes concernent des motorisations électrifiées, une part encore modeste mais en forte croissance. Dans le détail, ce sont surtout les hybrides qui tirent le marché, loin devant le 100 % électrique.

Des modèles comme la Toyota Corolla Hybrid, le Hyundai Tucson Hybrid ou encore le Kia Sportage, s’imposent progressivement, notamment dans les grandes agglomérations comme Casablanca ou Rabat.

Le marché reste toutefois largement dominé par les motorisations thermiques, qui représentent encore plus de 70 % des ventes, tandis que les groupes historiques conservent une position solide, à l’image de Renault Group et Dacia (environ 35 % de part de marché), suivis par Hyundai-Kia et Stellantis.

Source : Toyota

Un véhicule électrique encore marginal, malgré une offre en progression

Dans ce contexte, le véhicule 100 % électrique peine encore à s’imposer. Il représente environ 3 % des ventes en 2025, soit quelques milliers d’unités seulement.

L’offre commence néanmoins à se structurer. La Dacia Spring, reste le modèle le plus accessible, tandis que des véhicules comme la MG4 ou le BYD Atto 3, illustrent la montée en puissance des constructeurs chinois. La Renault Zoe, bien que plus ancienne, demeure également présente sur le marché.

Dans les faits, ces modèles restent principalement adoptés par une clientèle urbaine, souvent professionnelle ou à fort pouvoir d’achat, et concentrée dans les grandes villes. L’usage reste majoritairement urbain, ce qui limite encore l’essor du segment à l’échelle nationale.

Source : Tesla

Une infrastructure de recharge encore insuffisante

Le développement du véhicule électrique se heurte aujourd’hui à un obstacle majeur : l’infrastructure.

Le Maroc compte environ 1 500 bornes de recharge, dont une grande majorité en courant alternatif. Les bornes rapides restent encore peu nombreuses, en dehors de certains axes stratégiques comme le corridor Tanger–Casablanca, où des déploiements ont été amorcés, notamment par des acteurs comme Afriquia.

Dans ces conditions, les trajets longue distance demeurent contraignants, freinant de fait l’adoption du véhicule électrique en dehors des centres urbains.

Source : Afriquia

Une industrie automobile déjà structurante à l’échelle du continent

Si le marché reste encore en construction, le Maroc s’impose en revanche comme un acteur industriel de premier plan.

Le pays est aujourd’hui le premier producteur automobile en Afrique, avec une capacité de production en constante augmentation. L’usine de Renault Group à Tanger, qui produit notamment la Dacia Sandero, affiche une capacité d’environ 350 000 véhicules par an et constitue un pilier des exportations vers l’Europe.

De son côté, Stellantis a renforcé sa présence à Kénitra, où sont assemblés des modèles comme la Peugeot 208, mais aussi la Citroën Ami, un véhicule électrique destiné aux mobilités urbaines.

Au total, le secteur automobile représente plus de 7 % du PIB industriel du pays, avec un objectif affiché d’atteindre 1 million de véhicules produits par an à moyen terme.

Batteries et ressources : un positionnement stratégique

Au-delà de l’assemblage, le Maroc cherche désormais à se positionner sur un segment clé de l’électromobilité : les batteries.

Le pays dispose d’un avantage majeur avec ses importantes réserves de phosphates, utilisées notamment dans les batteries LFP. À cela s’ajoute le développement de partenariats industriels, comme celui entre Renault Group et le groupe minier Managem, portant sur la fourniture de 5 000 tonnes de cobalt par an, soit l’équivalent de la production nécessaire pour environ 300 000 véhicules électriques.

Ces initiatives traduisent une volonté claire : intégrer progressivement la chaîne de valeur mondiale, au-delà du simple assemblage.

Source : Le Monde

Une trajectoire en deux temps

L’électromobilité au Maroc semble aujourd’hui s’inscrire dans une logique progressive.

À court terme, le marché devrait continuer à se structurer autour des motorisations hybrides, plus adaptées aux contraintes économiques et infrastructurelles.

À moyen terme, l’essor industriel, combiné à l’amélioration des infrastructures et à la baisse progressive des coûts, pourrait favoriser une adoption plus large du véhicule électrique.

Un acteur industriel avant d’être un marché

Le Maroc ne suit pas la trajectoire classique des pays européens. Là où certains ont d’abord développé l’usage, le royaume fait le choix de construire une base industrielle solide.

Avec la présence de groupes comme Renault Group et Stellantis, l’arrivée des constructeurs chinois et le développement d’une filière batterie, le pays s’impose progressivement comme un acteur clé de l’écosystème mondial.

Une position qui pourrait, à terme, accélérer le développement de son propre marché intérieur.

Source : Stellantis

Conclusion

Encore limité en termes d’adoption, le marché de l’electromobilité marocaine n’en reste pas moins en pleine évolution.

Porté par une croissance soutenue, une électrification progressive et une stratégie industrielle structurée, le pays pourrait rapidement changer de dimension.

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