publicité
RussiePublié le 23/05/2026
7 min

L’électromobilité en Russie : un marché encore limité, porté par l’État et dominé par les marques chinoises

En Russie, l’électromobilité ne suit pas la trajectoire observée dans plusieurs marchés européens ou asiatiques. En mai 2026, le pays affiche des ambitions industrielles importantes, mais les ventes de véhicules électriques restent encore modestes. Derrière les objectifs gouvernementaux, la réalité du marché reste marquée par une forte dépendance aux constructeurs chinois, un environnement économique sous contraintes et une industrie locale encore en développement. Ce contraste résume aujourd’hui la situation russe : une stratégie publique ambitieuse, mais un marché qui cherche encore sa vitesse de croisière.

Un marché électrique qui ralentit après plusieurs années de croissance

Après plusieurs années de progression rapide, le marché russe du véhicule électrique a connu un net ralentissement. En 2024, 18 217 véhicules électriques neufs ont été vendus selon Autostat Info. En 2025, les immatriculations ont reculé à environ 12 500 unités, soit une baisse d’environ 30 % sur un an.

Même si les chiffres pour 2026 restent encore limités dans les sources publiques, une tendance se dessine déjà : le marché électrique russe reste inférieur à 2 % du marché automobile total.

Cette baisse ne signifie toutefois pas un désengagement politique. Au contraire, Moscou continue d’accélérer ses programmes industriels autour des batteries, de la recharge et de la production nationale.

Des marques chinoises devenues incontournables

Le marché russe est aujourd’hui largement dominé par les constructeurs chinois ou par des véhicules assemblés localement sur des bases technologiques étrangères.

En 2025, Zeekr conservait la première place avec environ 3 000 ventes, malgré une baisse annuelle de près de 61 %.

Derrière, plusieurs acteurs se distinguent :

  • Evolute : 1 800 véhicules (+45 %)
  • Amberavto : 1 126 véhicules
  • Avatr : 978 véhicules
  • Moskvich 3e : 880 véhicules

Une autre lecture du marché intégrant les modèles électrifiés et hybrides rechargeables montre également une forte présence d’autres acteurs comme LiXiang, Voyah, Tesla, et d’autres.

Cette domination chinoise est devenue l’une des caractéristiques majeures du marché russe actuel.

source : Zeekr

Les modèles électriques les plus visibles du marché russe

Du côté des modèles, plusieurs véhicules concentrent une grande partie des immatriculations. Les statistiques disponibles montrent une domination très nette des modèles chinois et des véhicules assemblés localement.

Au premier semestre 2025, le Zeekr 001 dominait le marché avec 775 immatriculations, confirmant sa position de référence sur le segment électrique russe. Derrière lui figurait l’Evolute i‑PRO avec 454 unités, suivi du Moskvich 3e(350 unités), de l’Avatr 11 (298 unités) et de l’ORA 03 (245 unités). 

Le marché a également évolué au cours du second semestre. À partir de septembre-octobre 2025, l’Amberavto A5 est devenu ponctuellement le modèle électrique le plus vendu du pays avec 358 unités sur le seul mois d’octobre, devant le Zeekr 001 (148 véhicules) et l’Evolute i‑JOY (99 unités). 

Autrefois très présent sur le marché russe, le Nissan Leaf a vu son influence fortement diminuer face à l’arrivée massive des constructeurs chinois.

source : Amberavto

Une industrie nationale qui cherche encore son autonomie

La Russie dispose de plusieurs acteurs nationaux dans l’électromobilité, mais leur niveau d’indépendance technologique reste encore variable. Une grande partie des projets actuels repose sur des partenariats étrangers, principalement chinois.

Le premier acteur reste AvtoVAZ, constructeur historique du pays connu pour sa marque Lada. L’entreprise travaille depuis plusieurs années sur une nouvelle plateforme destinée à accueillir plusieurs motorisations : thermique, hybride, gaz naturel et électrique. L’objectif affiché est une montée en puissance progressive à l’horizon 2027-2028, même si le groupe ne constitue pas encore une référence du marché russe des véhicules électriques.

Autre acteur important : Evolute. La marque est devenue l’un des principaux représentants russes du véhicule électrique et figure régulièrement parmi les meilleures ventes du pays. En 2025, elle a enregistré environ 1 800 immatriculations, soit une progression de 45 % sur un an. Toutefois, sa technologie provient encore largement de partenariats étrangers.

On retrouve également Amberavto, développé par Avtotor, entreprise basée à Kaliningrad. La marque a notamment gagné en visibilité avec l’Amberavto A5, qui a dépassé 1 100 ventes en 2025 et s’est hissé parmi les modèles électriques les plus visibles du marché russe.

Autre nom historique revenu sur le devant de la scène : Moskvich. Le constructeur, relancé récemment, commercialise notamment le Moskvich 3e, un SUV électrique qui a enregistré près de 880 immatriculations en 2025.

Enfin, le projet le plus symbolique reste celui de Kama, avec son véhicule Atom. Présenté comme la première voiture électrique développée intégralement en Russie, le modèle doit représenter une étape importante pour l’industrie locale. Pour le moment, Atom reste surtout un projet industriel stratégique plutôt qu’un véritable acteur commercial du marché.

source : Wikipédia

Une politique publique très ambitieuse sur la recharge

Pour développer l’électromobilité, les pays et les entreprises ont souvent besoin de l’appui des décideurs politiques. À ce sujet, le gouvernement russe conserve des objectifs particulièrement élevés pour l’infrastructure.

Un plan officiel à horizon 2030 existe, il prévoit notamment la création de 72 000 stations de recharge et 28 000 bornes rapides. L’hydrogène est également dans les projets du pays de l’Est car 1 000 stations hydrogène devraient voir le jour. 

Et parce que ce secteur a besoin d’hommes et de femmes pour se développer, la Russie a pour idée de créer 39 000 emplois supplémentaires dans les secteurs liés aux batteries, à l’électronique et à l’électrochimie

L’État a également annoncé en 2025 une enveloppe supplémentaire de 5,7 milliards de roubles pour soutenir l’installation d’environ 1 900 stations rapides DC d’au moins 149 kW.

En 2024, la Russie comptait déjà environ 2 000 bornes rapides, signe d’une progression réelle mais encore loin des objectifs affichés.

Des aides financières pour stimuler la demande

Le soutien gouvernemental ne se limite pas aux infrastructures.

Parmi les mesures mises en avant :

  • aides à l’achat pouvant atteindre 25 % du prix du véhicule
  • plafond pouvant aller jusqu’à 625 000 roubles
  • gratuité des routes à péage pour les véhicules électriques dans certains programmes
  • soutien aux constructeurs produisant localement

L’objectif affiché par Moscou est clair : atteindre une situation où une voiture produite sur dix en Russie serait électrique à l’horizon 2030.

Progressivement, la stratégie russe semble évoluer d’une logique d’aide directe à l’achat vers une approche plus large intégrant industrie, batteries, infrastructures et emploi.

Des freins structurels toujours importants

Malgré ces ambitions, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement du secteur.

Le premier concerne les sanctions internationales liées au conflit avec l’Ukraine. Ces sanctions compliquent l’accès aux composants, aux logiciels et à certaines technologies liées aux batteries.

Le deuxième est la forte dépendance aux constructeurs chinois, qui comme vous l’avez lu précédemment, occupent aujourd’hui une place centrale dans les ventes et l’approvisionnement.

Le troisième frein reste la taille du marché lui-même. Les volumes demeurent trop faibles pour générer rapidement des économies d’échelle comparables aux grands marchés mondiaux.

Enfin, les caractéristiques géographiques du pays compliquent également le développement de l’électromobilité : longues distances, températures hivernales extrêmes.

Une électromobilité encore largement construite par l’État

En mai 2026, la Russie ne possède pas encore un marché électrique de masse. En revanche, elle possède déjà une stratégie industrielle structurée. En effet, l’électromobilité russe avance aujourd’hui autour de trois piliers : la production locale, les infrastructures et les technologies de batteries.

Mais pour l’instant, le marché réel reste encore fortement dépendant des décisions publiques, des aides financières et des partenaires chinois.

L’enjeu des prochaines années ne sera donc probablement pas seulement d’augmenter les ventes, mais aussi de transformer ces ambitions politiques en une filière industrielle capable de gagner en autonomie.

Partager :
publicité
publicité
Image du carouselImage du carouselImage du carousel