Face au ralentissement mondial des ventes, le groupe franco-italo-américain présente un ambitieux plan de relance technologique et tourné vers les innovations (logiciels et IA). Plus d’une centaine de nouveaux modèles (dont les restylages) seront lancés d’ici 2030. Parmi les 14 marques, Peugeot, Jeep, Fiat et RAM concentreront l’essentiel des investissements, tandis que les autres marques accentueront leur ancrage régional. Toutes bénéficieront d’une inédite plateforme multi-énergies qui permettra d’importantes réductions de coûts et une plus grande agilité industrielle.

Un plan ambitieux pour repositionner Stellantis dans l’industrie mondiale
À l’occasion de son « Investor Day » organisé à Auburn Hills, dans le Michigan, Stellantis a levé le voile sur « FaSTLAne 2030 », un ambitieux plan stratégique de 60 milliards d’euros sur cinq ans destiné à accélérer sa croissance, renforcer sa rentabilité et repositionner durablement le groupe dans l’industrie automobile mondiale.
Porté par le PDG Antonio Filosa, ce plan marque une nouvelle étape pour le constructeur franco-italo-américain, avec une approche recentrée sur les marques les plus rentables, les technologies globales et une organisation davantage pilotée par les régions.
« Ce plan est le fruit de plusieurs mois de travail rigoureux. Il est conçu pour générer une croissance rentable à long terme. Nous souhaitons rapprocher les personnes avec des marques et des produits qu’elles aiment et en qui elles ont confiance, explique Antonio Filosa. Nous nous appuyons sur des talents exceptionnels, la force de notre présence mondiale, et des marques uniques qui rapprochent et inspirent. Enfin, les bénéfices de nos partenariats « gagnant-gagnant » renforcent nos leviers pour concrétiser nos ambitions. »

Quatre marques historiques au cœur de la stratégie
Premier engagement de « FaSTLAne 2030 », Stellantis rationalise sa stratégie « produit » autour de quatre marques mondiales prioritaires : Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. Ces constructeurs historiques concentreront à eux seuls 70 % des investissements produits et technologiques du groupe, aux côtés de Pro One, la division dédiée aux véhicules utilitaires.
Stellantis prévoit aussi plus de 60 nouveaux modèles et 50 restylages d’ici 2030, avec une offensive multi-énergies très large :
– 29 modèles 100 % électriques (BEV)
– 15 hybrides rechargeables (PHEV) ou électriques à autonomie étendue (EREV)
– 24 hybrides classiques (HEV)
– 39 modèles thermiques ou hybrides légers
Les marques dites « régionales » — Citroën, Opel, Alfa Romeo, Chrysler et Dodge — continueront de bénéficier des nouvelles plateformes et technologies du groupe, tout en accentuant leur différenciation locale.
Initialement lancées avec une vocation premium, DS Automobiles et Lancia seront repositionnées comme marques de spécialité, pilotées respectivement par Citroën et Fiat. Enfin, Stellantis entend relancer Maserati avec l’arrivée de deux nouveaux modèles du segment E. Une feuille de route détaillée sera présentée en décembre 2026 à Modène.

STLA One : la nouvelle plateforme mondiale « multi-énergies »
Sur le plan industriel et technologique, « FaSTLAne 2030 » repose sur une logique de standardisation et de mutualisation massive. Le groupe va investir plus de 24 milliards d’euros dans des plateformes, motorisations et technologies mondiales. D’ici 2030, la moitié des volumes de Stellantis reposera sur trois plateformes, dont la nouvelle architecture STLA One.
Cette dernière doit fusionner 5 plateformes actuelles en une seule architecture modulaire capable d’accueillir des citadines du segment B, des compactes du segment C mais aussi des modèles familiaux du segment D. Cette base technique commune permet donc de fabriquer des véhicules très différents, tout en réutilisant jusqu’à 70% des composants. En clair, une future Peugeot compacte, un SUV Jeep ou une berline Opel pourront partager la même structure de base, les éléments électroniques et certaines pièces mécaniques.
Objectif : réduire les coûts et accélérer les développements. Stellantis vise ainsi 2M de véhicules produits par an en 2035 et une rentabilité de 20 % grâce à ce nouvel outil industriel. Mais surtout Stellantis confirme sa stratégie multi-énergies, refusant le tout-électrique imposé à marche forcée. Le groupe continuera donc de développer en parallèle :
– des modèles électriques,
– des hybrides,
– des hybrides rechargeables,
– des moteurs thermiques de dernière génération.
Concernant les véhicules électriques, STLA One est calibrée pour l’intégration « cell-to-body », c’est-à-dire l’incorporation de la batterie directement dans la structure du véhicule. Cela permet une meilleure rigidité, moins de poids, plus d’espace à bord et des réductions de coûts. En outre, cette plateforme sera compatible avec une architecture électrique 800 V, permettant des recharges ultra-rapides sur les futures voitures électriques du groupe.

L’intelligence artificielle au centre du futur véhicule Stellantis
En retard par rapport aux constructeurs chinois notamment, le groupe entend aussi accélérer fortement sur le software et l’intelligence artificielle, qui constituent une bonne partie de la valeur ajoutée des VE notamment. Trois piliers technologiques majeurs seront mis en place :
– STLA Brain : nouvelle architecture électronique centralisée
– STLA SmartCockpit : nouvelle interface homme-machine
– STLA AutoDrive : système de conduite autonome évolutif
Dès 2027, ces technologies commenceront à être déployées à grande échelle. Stellantis vise 35 % de ses volumes mondiaux équipés d’au moins une de ces solutions en 2030, puis plus de 70 % en 2035. Pour accélérer cette transformation, le constructeur multiplie les partenariats stratégiques avec des acteurs technologiques comme NVIDIA, Qualcomm, Mistral AI ou encore CATL.

Leapmotor, Dongfeng, Tata : les nouveaux alliés de Stellantis
L’autre axe du plan sont les partenariats industriels qui tendent à se développer plus rapidement. Via la marque chinoise Leapmotor (dont Stellantis détient 51 % de la coentreprise internationale), le groupe veut renforcer sa compétitivité sur les véhicules électriques abordables et mutualiser achats et capacités industrielles, notamment dans les usines espagnoles de Madrid et Saragosse.
En Chine, Stellantis relance sa coopération avec Dongfeng afin de produire de nouveaux modèles Peugeot et Jeep destinés au marché chinois mais aussi à l’export. Le groupe prévoit même une future coentreprise européenne avec Dongfeng, qui pourrait démarrer prochainement sur le site de Rennes. Le site breton qui assemble actuellement la seule Citroën C5 Aircross est en surcapacité de production et verrait d’un bon oeil l’arrivée d’un nouveau modèle, même étranger, pour pérenniser l’usine et les emplois.
Enfin, des collaborations sont évoquées avec Tata et Jaguar Land Rover pour renforcer la compétitivité industrielle dans plusieurs régions du monde comme l’Inde ou l’Amérique latine.

Une profonde restructuration industrielle en Europe
Pour mener à bien ce plan ambitieux, une réorganisation industrielle s’impose. En Europe, Stellantis prévoit une réduction de capacité de plus de 800 000 unités via des reconversions de sites et des partenariats industriels, tout en promettant de préserver l’emploi. Le site historique Peugeot de Poissy fait partie des usines appelées à évoluer. L’objectif est clair : faire passer le taux d’utilisation des usines européennes de 60 % aujourd’hui à 80 % en 2030. Aux États-Unis, Stellantis vise également 80 % d’utilisation de ses capacités grâce à l’augmentation des volumes produits.

Des délais de développement drastiquement réduits
A l’instar d’autres grands groupes, le constructeur entend réduire le temps de développement d’un nouveau véhicule : de 40 mois actuellement à seulement 24 mois. A moyen terme, le plan prévoit 6 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici 2028, une amélioration massive de la qualité et l’utilisation renforcée de l’intelligence artificielle dans les opérations industrielles (plus de 120 applications déjà déployées).
« FaSTLAne 2030 » doit relancer le groupe international aux 14 marques, retrouver une dynamique plus offensive après plusieurs mois de tensions internes et de ralentissement commercial sur certains marchés. Stellantis mise désormais sur une organisation plus agile, une gamme recentrée et une montée en puissance technologique pour défendre sa place parmi les leaders mondiaux de l’automobile.












