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MaltePublié le 14/03/2026
6 min

Malte : une électromobilité en légère progression, mais des défis structurels persistants

Petit archipel méditerranéen de 320 km² pour environ 545 000 habitants, Malte présente un profil atypique en Europe. Avec une densité d’environ 1 716 habitants par km², la plus élevée de l’Union européenne, et un parc automobile de plus de 450 000 véhicules toutes catégories confondues, le territoire cumule plusieurs contraintes structurelles qui complexifient la transition vers la mobilité électrique. Malgré des progrès réels ces dernières années, portés par des aides publiques renforcées, l’électromobilité se heurte encore à de nombreux obstacles sur l’archipel.

Un marché électrique en dents de scie

Les ventes de véhicules électriques à Malte ont connu une trajectoire atypique en Europe. Au premier trimestre 2022, les moteurs électriques et hybrides rechargeables ne représentaient que 1,7 % du parc total de véhicules, soit seulement 7 122 véhicules au total dans les îles maltaises à l’époque. 

Avance rapide trois ans plus tard et à partir du deuxième trimestre 2025, ce segment de véhicules a plus que doublé et représente maintenant 4,3 % de l’ensemble du parc, soit 19 493 véhicules sur le total général de 450 794 véhicules immatriculés à l’heure actuelle. Le nombre de véhicules purement électriques dans les îles maltaises a augmenté de 6 % au cours des deux premiers trimestres de 2025, pour arriver à un total de 14 555 véhicules électriques. 

Fin septembre 2025, le parc total de véhicules électriques et hybrides rechargeables atteignait 20 604 unités, soit 4,5 % du parc total de véhicules motorisés immatriculés à Malte.

Un réseau de recharge encore limité et peu performant

Malte dispose d’environ 380 bornes de recharge publiques, un chiffre qui peut sembler relativement correct au regard du parc électrique encore modeste. En effet, il y a un point de recharge public pour véhicules électriques pour 46 voitures à travers les îles maltaises

Dans les faits, la puissance des installations reste très limitée. Seules très peu de bornes dépassent 22 kW, et 12 bornes rapides offrent plus de 50 kW. Autrement dit, près de 90 % des installations sont des bornes AC de moins de 11 kW, ce qui implique des temps de recharge particulièrement longs.

La majorité des infrastructures se concentre dans les zones urbaines et touristiques : La Valette, Sliema et St Julian’s, Gozo.

Pour ce qui est des opérateurs du réseau, il y a Maltapark, qui exploite près de la moitié des bornes publiques, ainsi qu’Enemalta (le EDF maltais). On trouve également quelques infrastructures rapides opérées par Tesla.

source : Maltapark

Des freins structurels nombreux

Plusieurs obstacles majeurs expliquent la volatilité de l’adoption des véhicules électriques sur l’archipel.

Le premier reste le prix d’achat. À Malte, les véhicules électriques affichent des tarifs sensiblement plus élevés que dans d’autres marchés européens, en raison de l’importation totale des véhicules et des coûts logistiques associés. À titre d’exemple, hors aides, le prix d’une Tesla Model Y Long Range est de 62 900 € à Malte contre “seulement” 49 990€ en France, soit une augmentation de 26%.

L’accès à la recharge constitue un autre frein important. Environ 85 % des ménages vivent en appartement, souvent sans parking privatif ni possibilité d’installer une borne domestique.

Par ailleurs, et ce n’est pas la seule population européenne sceptique, les conducteurs maltais restent peu convaincus compte tenu de l’autonomie des véhicules électriques, même si la plupart des trajets quotidiens ne dépassent pas 30 kilomètres sur cette île particulièrement compacte.

Enfin, plusieurs facteurs culturels jouent également un rôle. Dans une société où la voiture demeure un symbole de statut social, les modèles électriques présents sur le marché sont souvent perçus comme des objets de prestige plutôt que comme des véhicules du quotidien.

Des aides publiques en forte augmentation

Dans le but de développer l’électromobilité au mieux et faire face à ces obstacles, le gouvernement maltais a renforcé ses incitations financières. Malte mise sur des subventions très généreuses par le biais du programme principal, Electric Vehicle Grant Scheme. Ce programme offre, pour l’achat d’un véhicule 100 % électrique, 5 000 à 10 000 € d’aide pour les particuliers (jusqu’à 15 000 € pour les entreprises) selon le prix. Ces aides sont complétées par 5 ans d’exonération de taxe routière et des subventions pour l’installation de bornes de recharge couvrant jusqu’à 70 % des coûts.

Le gouvernement augmente progressivement le budget (6 M€ en 2024, 12 M€ prévus en 2026) pour financer davantage de subventions. Résultat : 87 % des véhicules électriques vendus en 2025 ont bénéficié d’une aide

Une stratégie nationale encore à concrétiser

Et ces aides elles ne sont pas ici au hasard. Les autorités maltaises ont défini plusieurs objectifs pour accélérer la transition. Le plan national prévoit notamment 10 % de véhicules électriques dans le parc d’ici 2030, 6 500 points de recharge à travers les îles maltaises d’ici 2030, conformément à la stratégie de développement à faible émission de carbone (LCDS) de Malte, et 50 % d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables. 

Une zone à faibles émissions devrait également être mise en place à La Valette à partir de 2028, avec une restriction progressive des véhicules thermiques. Parallèlement, plusieurs projets sont en cours pour améliorer la mobilité durable, notamment le développement d’une liaison maritime électrique entre Malte et l’île de Gozo.

Un écosystème économique encore embryonnaire

Contrairement à d’autres marchés européens, Malte ne dispose d’aucune production automobile locale ni d’industrie liée aux batteries. Le marché repose essentiellement sur les importateurs et distributeurs internationaux. Tesla domine le parc électrique, suivi par MG Motor et le constructeur chinois BYD, dont la percée a été particulièrement remarquée : le BYD Atto 3 a pris la troisième place des modèles les plus vendus en 2024 avec une progression de 336 % sur un an. 

source : BYD

Quelques entreprises locales commencent toutefois à émerger dans les services liés à la mobilité électrique, notamment la plateforme Switch, qui permet de localiser et réserver les bornes de recharge. Ce n’est pas grand chose, mais c’est déjà ça.

Un marché dépendant des aides publiques et en progression

En définitive, l’électromobilité à Malte progresse, mais à un rythme encore fragile. Portée par des subventions parmi les plus généreuses d’Europe et par des objectifs politiques ambitieux, la transition énergétique de l’archipel commence à produire des résultats visibles. Toutefois, les contraintes propres à ce territoire insulaire, densité urbaine élevée, accès limité à la recharge domestique, coûts d’importation et infrastructures encore insuffisantes, continuent de freiner son développement. 

L’enjeu pour les années à venir sera donc de transformer ces incitations financières en un véritable écosystème de mobilité électrique, capable de s’inscrire durablement dans le quotidien des Maltais.

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