Longtemps cantonnés aux prototypes et aux démonstrations technologiques, les eVTOL (electric Vertical Take-Off and Landing) entrent progressivement dans une nouvelle phase. En 2026, plusieurs appareils sont désormais proches d’une exploitation commerciale, certains ayant déjà obtenu des certifications partielles ou lancé leurs premières opérations payantes. Entre taxis aériens urbains, transport régional et missions médicales ou logistiques, ces nouvelles machines électriques pourraient transformer la mobilité aérienne au cours de la prochaine décennie. Voici les huit eVTOL les plus avancés actuellement, selon leur niveau de maturité industrielle et réglementaire.

Mais pour qu’un eVTOL puisse réellement transporter des passagers, il doit obtenir une certification aéronautique, un processus long et complexe supervisé par les autorités réglementaires nationales et internationales. Parmi les principales instances figurent la FAA (Federal Aviation Administration) aux États-Unis, la EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne) pour l’Europe, la CAAC (Civil Aviation Administration of China) en Chine, et la UK CAA (Civil Aviation Authority) au Royaume-Uni. D’autres pays commencent également à définir leurs propres cadres réglementaires pour intégrer ces nouveaux aéronefs dans l’espace aérien urbain. Aujourd’hui, seuls quelques projets apparaissent réellement proches d’une exploitation commerciale.
Joby S4
Le Joby S4, développé par la société américaine Joby Aviation, est aujourd’hui considéré comme le programme eVTOL le plus avancé aux États-Unis. L’appareil se trouve au Stage 4 du processus de certification de la FAA, soit environ 90 % du parcours réglementaire.
Ce taxi aérien électrique peut transporter quatre passagers et un pilote, avec une vitesse maximale d’environ 241 km/h et une autonomie pouvant atteindre 240 kilomètres. Il dispose de six rotors inclinables électriques, offrant à la fois portance verticale à la manière d’un hélicoptère et propulsion horizontale, pour fendre les airs tel un avion. La cellule est construite en composites légers pour optimiser l’autonomie et réduire le bruit, une donnée critique pour les vols urbains.

Le constructeur prévoit de lancer ses premières opérations commerciales à Dubaï dès cette année. Le programme bénéficie d’un soutien industriel important, notamment de Toyota (400 Millions de $), et affiche un carnet de commandes de près de 3 000 appareils, représentant plusieurs milliards de dollars.
Archer Midnight
La start-up américaine Archer Aviation développe de son côté le Midnight, un eVTOL destiné principalement aux services de taxi aérien urbain.

L’appareil peut transporter quatre passagers et un pilote, avec une vitesse maximale proche de 240 km/h et une autonomie d’environ 160 kilomètres. Il est composé de quatre rotors électriques principaux avec des propulseurs inclinables, et de batterie modulaire permettant un remplacement rapide pour des opérations continues.
Archer prévoit de lancer ses premières opérations commerciales aux Émirats arabes unis et aux États-Unis à partir de 2026. Le programme est soutenu par plusieurs partenaires industriels, dont Stellantis, et dispose d’un carnet de commandes de plus de 700 appareils, notamment via un accord avec United Airlines.
EHang EH216-S
Le EHang EH216-S, développé en Chine, constitue une exception dans l’industrie. Contrairement à la plupart de ses concurrents, l’appareil fonctionne sans pilote à bord.

source : EHang
Capable de transporter deux passagers, il atteint une vitesse maximale d’environ 130 km/h pour une autonomie d’environ 35 kilomètres, ce qui le destine principalement à des trajets urbains courts.
L’appareil a obtenu en 2023 une certification de type délivrée par l’autorité chinoise de l’aviation civile (CAAC). En 2025, plusieurs opérations commerciales payantes ont déjà été réalisées en Chine, notamment dans le domaine du tourisme aérien.
Le constructeur revendique plus de 1 100 commandes et précommandes pour ce modèle.
Lilium Jet
Le Lilium Jet, développé en Allemagne, adopte une approche différente. Là où la plupart des eVTOL ciblent les trajets urbains courts, l’appareil vise plutôt des liaisons régionales rapides entre villes.

L’appareil peut transporter six passagers et un pilote, avec une vitesse maximale estimée à 280 km/h et une autonomie pouvant atteindre 250 kilomètres. Le choix du constructeur a été d’ajouter 36 moteurs à ducted fan inclinables, le rendant entièrement électrique et silencieux.
Le programme vise une certification européenne auprès de l’EASA, et plusieurs accords ont été signés avec des opérateurs potentiels, dont Saudia et Lufthansa.
Cependant, le programme a connu plusieurs difficultés financières ces dernières années, ce qui pourrait repousser son entrée en service à 2027 selon plusieurs sources.
Beta Technologies ALIA
La société américaine Beta Technologies développe l’ALIA, un appareil conçu pour plusieurs usages : transport de passagers, missions médicales ou transport de marchandises. La raison : une propulsion électrique à rotors inclinables et une architecture modulaire qui peut s’adapter à plusieurs configurations.

L’eVTOL peut transporter cinq passagers et un pilote, avec une vitesse maximale d’environ 278 km/h et une autonomie pouvant dépasser 400 kilomètres, ce qui en fait l’un des appareils les plus endurants de sa catégorie.
Le programme bénéficie notamment de contrats avec UPS et l’US Air Force, et pourrait être utilisé dans un premier temps pour des missions logistiques ou médicales.
Vertical Aerospace VX4
Au Royaume-Uni, la société Vertical Aerospace développe le VX4, un eVTOL destiné au transport urbain de passagers. Sa conception (quatre rotors principaux et deux moteurs horizontaux) permet des vols silencieux et sécurisés grâce à un système fly-by-wire redondant.

Côté capacité, l’appareil peut accueillir quatre passagers et un pilote, avec une vitesse maximale d’environ 200 km/h et une autonomie estimée à 160 kilomètres.
Le programme bénéficie du soutien de plusieurs compagnies aériennes, dont Virgin Atlantic et American Airlines, qui ont signé des accords préliminaires pour l’exploitation future de ces appareils.
Eve Air Mobility
La société Eve Air Mobility, filiale du constructeur aéronautique brésilien Embraer, développe également son propre eVTOL destiné à la mobilité aérienne urbaine.

Composé de 4 rotors électriques, l’appareil peut transporter quatre passagers et un pilote, avec une vitesse d’environ 180 km/h et une autonomie d’environ 100 kilomètres.
Le programme bénéficie d’un carnet de commandes particulièrement important, avec plus de 2 800 lettres d’intention signées par des opérateurs internationaux. L’enjeu reste la construction d’infrastructures adaptées et la mise en route opérationnelle.
Wisk Aero Gen6
Le Gen6 incarne l’avenir des eVTOL autonomes. Soutenu par Boeing, il est conçu pour fonctionner sans pilote à bord, grâce à un système de supervision à distance et une intelligence artificielle avancée. Douze rotors répartis assurent portance et propulsion, avec des redondances multiples pour la sécurité.

De son côté, le Gen6 peut transporter quatre passagers, avec une vitesse maximale d’environ 160 km/h et une autonomie d’environ 100 kilomètres.
Le programme se trouve encore dans une phase avancée de tests, et pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération d’eVTOL autonomes dans les années à venir.
Une industrie prometteuse… mais encore fragile
Si les progrès technologiques sont rapides, l’industrie des eVTOL reste confrontée à plusieurs défis majeurs.
La certification réglementaire représente un processus long et coûteux, et plusieurs projets ont déjà connu des retards importants. Certains programmes doivent également faire face à des difficultés financières, dans un secteur qui nécessite plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements par an.
Dans ce contexte, seuls quelques acteurs, notamment ceux disposant de partenaires industriels solides ou d’un financement important, pourraient parvenir à atteindre une exploitation commerciale durable.
Malgré ces incertitudes, l’année 2026 marque une étape clé : pour la première fois, plusieurs eVTOL se rapprochent réellement d’une utilisation commerciale à grande échelle, ouvrant la voie à une nouvelle forme de mobilité aérienne.











