Les émissions françaises de gaz à effet de serre poursuivent leur baisse en 2025. Selon l’estimation provisoire du Citepa, elles reculent d’environ 1,5% sur un an, pour atteindre autour de 363 à 364 Mt CO₂e hors puits de carbone. Un niveau historiquement bas, mais qui ne change pas le diagnostic de fond : la dynamique actuelle reste insuffisante pour tenir les objectifs climatiques fixés à horizon 2030.

Un nouveau point bas historique, à relativiser
Le chiffre est inédit : jamais la France n’avait atteint un niveau aussi bas d’émissions depuis 1990. Sur le temps long, la tendance est bien orientée, avec une baisse d’environ 31% entre 1990 et 2023, prolongée en 2024 puis en 2025.
Mais ce point bas doit être interprété avec prudence. En effet, le rapport publié par le Citepa, organisme indépendant chargé du suivi des émissions de GES, à l’été 2025 est une estimation provisoire, construite à partir des neuf premiers mois de l’année et d’une projection du dernier trimestre.

Une dynamique de baisse qui ralentit nettement
Pour mettre en contexte la réduction de GES en France, il faut surtout analyser son rythme. Car si la chute de ses gazs a atteint 6,8% en 2023, liée en partie au contexte énergétique post-crise, le rythme de celle-ci a bien réduit depuis. En effet, elle est tombée à 1,8% en 2024, puis à environ 1,5% en 2025.
Cette décélération montre que les gains “faciles”, liés à la sobriété contrainte, à la baisse de la production ou au redressement du mix électrique, ont déjà été en grande partie captés, et que la suite repose désormais sur des transformations plus profondes à savoir l’électrification des usages, la rénovation des bâtiments, l’évolution des mobilités ou la décarbonation industrielle.
Dans un communiqué publié au début de l’année 2026, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature s’est exprimée à ce sujet : “La baisse des émissions se confirme en 2025 : c’est un signal encourageant, mais elle n’est pas suffisante. Nous devons collectivement nous remobiliser avec l’ensemble des secteurs émetteurs.” Le constat est donc partagé : la trajectoire est positive, mais elle ralentit.

Des baisses sectorielles réelles, mais encore fragiles
Dans le détail, la baisse observée en 2025 repose sur quelques moteurs identifiés.
Sur les neuf premiers mois de l’année, la diminution des émissions provient principalement de l’industrie (-2 Mt CO₂e) et des transports (-1,4 Mt CO₂e).
L’industrie manufacturière joue un rôle structurant, avec une contribution importante à la baisse globale, notamment dans les secteurs des matériaux de construction.
Mais cette dynamique pose une question de fond : quelle part de cette baisse relève d’une véritable décarbonation, et quelle part reflète un ralentissement de l’activité ?
Côté transport, qui reste le premier secteur émetteur avec près d’un tiers des émissions nationales, la baisse reste modérée. Elle s’inscrit dans une tendance longue, mais sans rupture nette. Même logique pour le résidentiel-tertiaire, où les gains observés ces dernières années tiennent autant aux conditions climatiques et aux prix de l’énergie qu’aux politiques de rénovation.
À l’inverse, certains secteurs repartent légèrement à la hausse, comme l’énergie en 2025 (+0,5%), signe que la trajectoire n’est pas linéaire.

Une trajectoire incompatible avec l’objectif 2030
C’est ici que se situe le véritable enjeu. La future Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) relève l’ambition climatique de la France, avec un objectif de réduction d’environ -50% des émissions brutes entre 1990 et 2030, contre -40% auparavant. Dans les chiffres, il faudrait passer de 548 MtCO₂e à 270 à 280 MtCO₂e. On le rappelle mais selon les dernières estimations, en 2025, on est autour de 363–364 MtCO₂e.
Plus simple, pour atteindre ce niveau, il faudrait désormais réduire les émissions d’environ 5% par an entre jusqu’à 2030. Or, la dynamique actuelle tourne autour de 1,5% à 2% par an.
L’écart est important et même en tenant compte des variations conjoncturelles, la France n’est pas aujourd’hui sur une trajectoire compatible avec ses engagements. Le Citepa évoque un besoin de réduction de l’ordre de -4,6% par an pour rester aligné avec 2030, soit un niveau jamais atteint de manière durable hors période exceptionnelle comme le Covid. La question n’est plus de savoir si les émissions baissent, mais si elles baissent assez vite. Et à ce stade, la réponse est clairement non.

Le rôle clé de l’action publique
Dans ce contexte, la question des politiques publiques devient centrale. La SNBC fixe un cap, structure les budgets carbone et oriente les investissements. Elle joue un rôle essentiel de planification, notamment pour la décarbonation de l’industrie, le développement des mobilités électriques ou la rénovation énergétique, mais elle ne garantit pas, à elle seule, l’atteinte des objectifs.
Le communiqué du ministère insiste d’ailleurs sur la nécessité d’un passage à l’action : “2026 doit être une année de passage à l’action pour remettre la France sur la trajectoire de ses engagements climatiques.” La stratégie existe, les outils sont en place, mais leur déploiement reste insuffisant à ce stade.

Conclusion : une trajectoire encore trop lente pour changer d’échelle
Avec environ 364 Mt CO₂e en 2025, la France atteint un niveau inédit d’émissions, confirmant une tendance à la baisse engagée depuis plusieurs années.
Mais le ralentissement observé depuis 2023 change la lecture. En effet, à ce rythme, la trajectoire actuelle ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés pour 2030. Le défi n’est plus d’amorcer la baisse, mais de l’accélérer fortement et durablement.












