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ExpertisesPublié le 29/01/2026
5 min

L’électromobilité nous fait-elle mieux respirer ?

Les véhicules électriques améliorent-ils réellement l’air que nous respirons au quotidien ? Quand on évoque les véhicules électriques, deux camps s’affrontent. D’un côté, la solution miracle à la pollution urbaine. De l’autre, une imposture écologique pointant batteries et extraction minière. Entre ces extrêmes, il y a la réalité mesurable que documentent les études scientifiques et les relevés de qualité de l’air.

L’absence d’échappement, un bénéfice réel mais incomplet

La différence première saute aux yeux : pas de fumée d’échappement, pas de dioxyde d’azote (NO₂), pas de monoxyde de carbone, pas de particules issues de la combustion. Dans les centres urbains, cette absence se traduit par des gains mesurables. Une étude californienne menée entre 2019 et 2023, utilisant les données satellites Sentinel-5P, a établi qu’en moyenne, chaque tranche de 200 véhicules électriques supplémentaires réduisait les niveaux de NO₂ de 1,1 %. Un effet suffisamment marqué pour être détecté depuis l’espace.

source : ESA

Mais cette absence d’émissions à l’échappement ne signifie pas absence totale d’émissions locales. Les véhicules électriques génèrent des particules par l’usure des pneus et des freins. Et sur ce point, le poids plus élevé des modèles électriques joue contre eux. Selon HelloCarbo (2025), les émissions de particules hors échappement des VE peuvent être supérieures de 10 à 20 % à celles d’un véhicule thermique équivalent.

Le cycle de vie, une équation qui bascule à l’usage

L’autre front du débat se joue sur le cycle de vie complet. Fabriquer un véhicule électrique émet davantage de CO₂ qu’un modèle thermique, essentiellement à cause de la batterie. Selon l’ICCT (2025), la production d’un VE représente 45 % de ses émissions totales sur l’ensemble de son cycle de vie, contre 15 % seulement pour un véhicule thermique.

Mais c’est durant l’usage que l’équation bascule. En France, où le mix électrique est largement décarboné, un VE parcourant 200 000 kilomètres émet environ 15 tonnes de CO₂ sur son cycle de vie complet, contre 50 tonnes pour un véhicule essence comparable. Soit une réduction de 72 %.

Malheureusement, cette différence se réduit dans les pays où l’électricité provient du charbon. En Pologne, l’avantage tombe à 29 %. En Chine, où le charbon représente 60 % de la production électrique, les gains restent réels mais moins spectaculaires.

Oslo et Paris, deux trajectoires urbaines

Pour comprendre ce que l’électrification massive change concrètement, Oslo constitue un cas d’étude instructif. Dans la capitale norvégienne, où plus de 80 % des ventes de véhicules neufs sont électriques, les concentrations de NO₂ ont chuté de plus de 40 % entre 2018 et 2024. Les niveaux de PM2.5 s’établissent à 9 µg/m³ (mesure la concentration d’un polluant dans l’air), en dessous des recommandations de l’OMS (10 µg/m³). L’indice de pollution global (Numbeo) s’affiche à 21,95, classé « faible ».

Mais même à Oslo, tout n’est pas parfait. Les particules PM10, liées à l’usure des pneus et au sel de voirie en hiver, restent présentes. Durant les mois froids, avec les pneus cloutés largement plus utilisés en hiver, les niveaux de PM10 peuvent grimper à > 50–100 µg/m³.

À Paris, selon MonAirParis et AQI (2025), l’indice de pollution s’établit à 63,8, classé « élevé ». Les PM2.5 avoisinent 16 µg/m³, les PM10 atteignent 28 µg/m³. Le NO₂ reste particulièrement présent, alimenté par une circulation encore dominée par les thermiques, le chauffage urbain et le trafic de transit.

Pourtant, la tendance est là. Les ZFE et l’essor des VE ont permis de faire chuter le NO₂ de 45 % et les particules de plus de 30 % en dix ans. Mais Paris ne bénéficie ni du mix électrique d’Oslo, ni d’une adoption aussi massive. En 2025, les VE et hybrides rechargeables représentent 30 % des ventes en France, loin des 96 % norvégiens.

Les limites structurelles du modèle

Parler des bénéfices sans évoquer les limites reviendrait à raconter une histoire incomplète. On le sait, la création des batteries est polluante et nécessite des métaux rares. En effet, l’extraction du lithium, du cobalt et du nickel génère des impacts environnementaux et sociaux considérables : pollution des sols, consommation d’eau massive, conditions de travail précaires.

Le poids des véhicules constitue un autre problème. Les SUV électriques, souvent à plus de 2 tonnes, consomment davantage d’énergie et usent plus les infrastructures. Par exemple, un SUV électrique lourd peut émettre deux fois plus de CO₂ sur son cycle de vie qu’une citadine électrique.

Enfin, la fin de vie des batteries. Si le recyclage progresse (80 % de récupération pour certains métaux), le processus reste énergivore et coûteux. Pas de panique : la seconde vie en stockage stationnaire est prometteuse.

Ce que les données disent vraiment

Le rôle des VE dans l’amélioration de la qualité de l’air urbain est documenté. Ils suppriment les émissions d’échappement, réduisent drastiquement le NO₂ et font chuter les émissions de CO₂ dans les pays à électricité décarbonée. L’Ademe montre qu’en France, les nouvelles voitures affichent en moyenne 91,8 g/km de CO₂ en 2025, contre 186 g/km en 2020.

Si le parc français devenait majoritairement électrique, selon Santé publique France, on pourrait réduire jusqu’à 40 % des décès prématurés liés à la pollution urbaine, soit environ 48 000 vies sauvées annuellement.

Les véhicules électriques ne transforment pas miraculeusement l’air. Mais dans les villes qui les adoptent massivement, couplés à un mix énergétique propre, l’air devient mesurablement plus respirable.

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