Le 23 janvier 2026, une décision judiciaire est tombée, créant une véritable onde de choc pour l’électromobilité américaine : un juge fédéral a statué que l’administration du président Donald Trump avait illégalement suspendu un programme de financement des infrastructures de recharge pour VE. Ce jugement intervient après des mois de bataille judiciaire entre une coalition d’États, menés par des démocrates, et l’exécutif fédéral. Un bras de fer symptomatique des choix politiques de l’administration Trump en matière de transport depuis son retour à la Maison-Blanche.

Un programme fondamental annulé
Le cœur de la controverse se nomme le National Electric Vehicle Infrastructure (NEVI), un plan fédéral né en 2021 sous la présidence de Joe Biden. Ce programme représentait 5 milliards de dollars sur cinq ans, destinés à bâtir un réseau national de stations de recharge EV stratégiquement situées tous les 50 miles (80 km) le long des axes routiers majeurs, ainsi que dans les zones urbaines et rurales. Ce financement devait soutenir l’acquisition, l’installation, la maintenance et l’intégration en réseau de chargeurs rapides, en couvrant jusqu’à 80 % des coûts éligibles des plans d’infrastructure soumis par les États. Il avait, en théorie, pour objectif de supprimer l’un des principaux freins à la démocratisation des véhicules électriques : l’accès à une infrastructure de recharge dense et fiable pour tous les Américains.

Or, malgré cette impulsion, avec la réélection de l’administration Trump dès 2025, ce programme a été brutalement mis en pause. Dans un mémo adressé aux départements des transports des États, la Federal Highway Administration (FHWA) a purement et simplement annulé les directives qui guidaient l’implémentation du NEVI, suspendu l’approbation des plans d’infrastructure et, de fait, gelé la dépense de milliards déjà approuvés.
Une décision judiciaire forte et réjouissante pour l’électromobilité
C’est précisément cette suspension qui a été jugée hors la loi par un tribunal fédéral de Seattle. La juge Tana Lin a estimé que l’administration avait agi « en dehors des limites légales », sans respecter les procédures prévues par la loi adoptée par le Congrès.

Cette décision de justice est, pour l’électromobilité américaine, une bonne nouvelle puisqu’elle bloque désormais toute tentative de retrait ou de retenue des fonds. Une victoire donc pour les États demandeurs et les groupes environnementaux, qui ont dénoncé ce gel comme une attaque frontale contre les politiques climatiques fédérales.

Pourquoi ce bras de fer n’est pas un simple détail administratif
Pour comprendre l’enjeu, il faut replacer ce débat dans le contexte plus large de la transition énergétique aux États-Unis. L’Amérique a longtemps revendiqué une position de leader en électromobilité, grâce notamment à l’essor d’entreprises comme Tesla, qui ont rapidement pris une avance technologique nette sur la concurrence dans les années 2010 et au début des années 2020. Cette même firme a d’ailleurs massivement investi dans les infrastructures de recharge, avec notamment la création du réseau Supercharger, l’un des plus utilisés par les constructeurs de VE.
Sous l’administration Biden, cette dynamique a trouvé un élan politique et financier fort. En effet, de nombreux projets ont vu le jour, comme la mise en place de subventions, de crédits d’impôt fédéraux, mais aussi des obligations de construction de chargeurs publics. Côté infrastructures de recharge, un plan ambitieux avait été défini : atteindre 500 000 bornes de recharge publiques d’ici à 2030.
Selon les chiffres officiels du gouvernement, la disponibilité des stations de recharge avait doublé au cours des premières années de l’administration Biden, avec plus de 9 200 ports de charge installés et répartis dans 29 États.
Mais avec le retour de Donald Trump, la politique américaine en matière de transport a connu un retour en arrière brutal. Non seulement le NEVI a été gelé (au mépris de la volonté du Congrès, selon les juges), mais d’autres mesures ont été reconsidérées ou purement annulées. L’administration a révoqué l’objectif, de faire en sorte que 50 % des nouvelles ventes de véhicules soient électriques d’ici 2030, une feuille de route jugée trop agressive pour certains intérêts industriels.

Au-delà des déclarations, les faits parlent d’eux-mêmes : les crédits d’impôt fédéraux pour l’achat de véhicules électriques (jusqu’à 7 500 $ pour les véhicules neufs et 4 000 $ pour les occasions) ont été abandonnés avant terme, et les normes d’émissions fédérales, clairement renforcées sous Biden, ont été adoucies ou supprimées. Ensemble, ces décisions ont ralenti l’adoption des véhicules électriques, même si le marché continue d’avancer (près de 1,3 million de VE vendus en 2025).
Évidemment, le problème est que la suspension du NEVI ne permet pas aux Américains de se projeter dans un projet d’acquisition d’un véhicule propre puisque, comme nous l’avons relevé précédemment, l’accès simple à une borne de recharge est l’un des freins principaux. Et pour un pays qui ambitionnait de réduire massivement ses émissions de CO₂ et de reprendre l’initiative technologique face à la concurrence chinoise et européenne, ce changement de cap pourrait avoir des effets durables.
Un jugement qui relance la partie
L’arrêt du juge constitue une victoire pour les États et les groupes environnementaux, mais il est en réalité le point de départ d’un nouveau round politique. En effet, la décision ne dépend plus de la Maison-Blanche seule. Le NEVI reste inscrit dans la loi fédérale, et le jugement oblige l’exécutif à lever sa suspension. À long terme, seul le Congrès pourra véritablement remettre en cause ce programme, soit en le modifiant, soit en coupant les crédits lors des prochains votes budgétaires. D’ici là, les États attendent, les fonds existent et devront être remis à disposition.
Les États-Unis ont une fois de plus montré qu’ils peuvent être des pionniers de l’automobile électrique. Reste à voir s’ils conserveront cet avantage dans un monde où la transition vers une mobilité bas carbone est déjà bien avancée.














