Le gouvernement passe à la vitesse supérieure sur la recharge en habitat collectif. Roland Lescure, ministre de l’Économie a annoncé le mardi 21 mars 2026 sur RTL que l’objectif est d’équiper en bornes électriques, 1,7 million de places de stationnement en copropriété d’ici 2035. Une solution à ce qui représente l’un des freins principaux à l’adoption d’un véhicule électrique en France.

L’annonce : 1,7 million de places, 1,2 million de prises en plus
D’ici 2035, le gouvernement veut permettre l’équipement de 1,7 million de places de stationnement en copropriété. Et parmi elles, 1,2 million de places électrifiées en plus, c’est-à-dire des emplacements qui, aujourd’hui, ne disposent d’aucune solution de recharge.
Roland Lescure a posé le diagnostic sans détour sur RTL : dans ce dossier, « le vrai sujet » est « souvent les bornes électriques ». « On nous dit qu’il n’y a pas assez de bornes. Ce que je peux vous annoncer aujourd’hui, c’est que grâce à la Caisse des dépôts et consignations, on va multiplier les bornes électriques dans les copropriétés. »
La phrase est simple. Mais elle dit quelque chose d’important : le gouvernement reconnaît que l’enjeu n’est plus seulement le produit car les voitures électriques existent, leurs prix baissent, leur autonomie progresse, mais bien l’infrastructure de recharge résidentielle dans les immeubles collectifs.

Logivolt, la pièce qui change tout
Le mécanisme central, c’est Logivolt. Cette filiale de la Caisse des dépôts, en plus de subventionner, avance les fonds aux copropriétés.
Ce fait est important pour les résidents car jusqu’ici, installer des bornes dans un immeuble impliquait de convaincre une assemblée générale de voter des travaux, de trouver un financement collectif et de répartir les coûts entre des propriétaires aux situations très différentes. Résultat : des projets bloqués pendant des années, des votes négatifs, des immeubles entiers laissés à l’écart de la recharge domestique.
Avec Logivolt, la copropriété finance l’infrastructure collective sans avoir à avancer les fonds. Seuls les propriétaires qui décident d’installer une borne sur leur place paient ensuite une quote-part. Les autres ne supportent rien. C’est ce modèle qui rend le vote en assemblée générale beaucoup plus simple, parce qu’il supprime le principal argument de blocage : pourquoi paierais-je pour une borne dont je ne me servirai pas ?
Concrètement, Logivolt ne pose pas lui-même les bornes. La filiale de la Caisse des dépôts finance l’infrastructure collective, puis s’appuie sur des opérateurs référencés pour réaliser les études, les travaux, le raccordement et, ensuite, l’exploitation des bornes. Pour les copropriétés, c’est un point essentiel : le dispositif permet de lancer le projet sans avancer l’intégralité des fonds, permet aussi de laisser le choix de l’opérateur aux résidents.

Des aides renforcées depuis le 1er avril
L’annonce du ministre s’inscrit dans une séquence plus large. Depuis le 1er avril 2026, les aides dédiées aux copropriétés souhaitant équiper leur parking ont été significativement revalorisées. Elles couvrent désormais jusqu’à 50 % des coûts d’installation.
La prime à l’installation des infrastructures électriques a vu son plafond passer de 8 000 à 12 500 euros par immeuble pour les parkings jusqu’à 100 places. Au-delà, l’aide grimpe à 125 euros par place supplémentaire, contre 75 euros auparavant. S’il faut illustrer pour que ces chiffres soient plus parlants, sur un grand immeuble de 200 places, la différence entre les deux barèmes représente plusieurs milliers d’euros supplémentaires de soutien public.

Où en est la France sur la recharge ?
Pour comprendre pourquoi ce plan cible spécifiquement les copropriétés, il faut regarder la photographie actuelle du réseau français.
Selon Enedis, la France comptait fin 2025 environ 185 000 points de charge ouverts au public (bornes municipales, stations-service, parkings publics), 1,1 million dans les parkings d’entreprises et 1,6 million chez des particuliers.
Ces chiffres sont encourageants pour le développement de l’électromobilité en France, mais ils masquent un déséquilibre structurel. En effet, la recharge chez les particuliers concerne quasi exclusivement les propriétaires de maisons individuelles, qui peuvent installer une borne chez eux sans demander l’autorisation de personne. Pour les millions de Français qui vivent en appartement, la situation est radicalement différente. Leur parking est collectif, leur décision ne leur appartient pas seuls, et les démarches sont infiniment plus complexes. C’est ce fossé que le gouvernement tente maintenant de combler.

Le vrai verrou de la transition électrique
Le manque de bornes reste, avec l’autonomie et le temps de charge, l’un des principaux freins à l’achat d’un véhicule électrique. Et parmi eux, la recharge à domicile pèse particulièrement lourd : sans solution simple chez soi, l’usage devient contraignant et dépendant du réseau public.
Pour les habitants d’immeubles, très nombreux en France, le plan annoncé par Roland Lescure ne réglera pas tout immédiatement : l’objectif de 1,7 million de places d’ici 2035 suppose encore de convaincre les copropriétés et de déclencher les travaux.












