Après plus d’une décennie d’exonération quasi totale, les véhicules électriques (VE) doivent désormais s’acquitter de la “Congestion Charge” lorsqu’ils circulent dans le centre-ville de Londres, une mesure entrée en vigueur le 2 janvier 2026.

Jusqu’à présent, la Cleaner Vehicle Discount permettait aux voitures électriques d’être exemptées du paiement quotidien de cette taxe instaurée en 2003 pour réduire la saturation des artères londoniennes. Ce régime d’exception a été supprimé, mettant fin à l’une des incitations majeures pour les utilisateurs de VE en milieu urbain.
Une tarification révisée
Concrètement, la nouvelle grille tarifaire marque une rupture nette avec le système précédent. Les voitures électriques ne pourront plus circuler gratuitement dans le centre-ville de la capitale anglaise ; elles doivent désormais s’acquitter de 13,50 livres par jour à condition d’être enregistrées au dispositif Auto Pay, ce qui correspond à une réduction de 25% par rapport au tarif standard. Quant à eux, les conducteurs de vans ou utilitaires légers électriques bénéficient d’un effort supplémentaire, avec un coût ramené à 9 livres par jour via ce même système automatisé. En revanche, pour l’ensemble des véhicules, qu’ils soient thermiques ou électriques non inscrits à Auto Pay, le montant atteint désormais 18 livres par jour, contre 15 précédemment.
Ces tarifs s’appliquent pendant les horaires habituels de la Congestion Charge, de 7 heures à 18 heures en semaine, et de 12 heures à 18 heures les week-ends et jours fériés, rappelant que la mesure vise avant tout à réguler les flux aux heures les plus tendues. Cette hausse constitue la première augmentation depuis 2020.

Pourquoi ce changement maintenant ?
Les autorités londoniennes, sous l’impulsion du maire Sadiq Khan, estiment que l’exemption totale pour les VE n’est plus compatible avec les objectifs de régulation du trafic. “Sans ce changement, 2 200 véhicules supplémentaires entreraient chaque jour dans la zone définie”.
Pour Transport for London (TfL), l’objectif est clair : moderniser un dispositif devenu moins efficace face à la croissance du trafic et à la montée en puissance des véhicules électriques, désormais suffisamment nombreux pour peser eux aussi sur la congestion du centre-ville. En effet, les embouteillages coûtent chaque année près de 3,85 milliards de livres sterling aux entreprises londoniennes.

Un message clair aux électromobilistes… mais pas seulement
Ce changement stratégique n’est pas uniquement fiscal : il s’agit aussi de recentrer la politique sur la gestion du trafic urbain, et non plus seulement sur la réduction des émissions locales. Certes, un VE ne pollue pas lors de son utilisation, ce qui est bénéfique pour le climat et la société ; néanmoins, il conserve un impact sur la densité de circulation, l’espace public et la fluidité des déplacements, ce que Londres ne peut plus ignorer, selon TfL.
Toujours selon TfL, le nombre de véhicules électriques enregistrés dans Londres est passé d’environ 20 000 en 2019 à plus de 116 000 en 2025. Cette croissance signifie qu’aujourd’hui les VE représentent près de 20% de l’ensemble des véhicules entrant chaque jour dans la zone de congestion. Autrement dit, sur les quelque 90 000 véhicules qui traversent quotidiennement la zone, environ 1 véhicule sur 5 est un véhicule électrique.

Pour les conducteurs, cela signifie une augmentation du coût d’utilisation d’un VE en centre-ville, même si la réduction Auto Pay atténue partiellement cette hausse. Point positif, cela dit : les résidents actuels de la zone qui bénéficiaient de réductions importantes continueront à les conserver, mais les nouvelles demandes après mars 2027 seront conditionnées à la possession d’un VE.
Au-delà de ça, la dimension sociale de cette réforme est largement ignorée. Qui peut encore absorber 13,50 ou 18 livres par jour pour circuler dans le centre de Londres ? Pour de nombreux habitants ou travailleurs dépendants de leur véhicule électrique, cette mesure risque de creuser la fracture entre ceux qui ont les moyens ou les alternatives pour se passer de leur voiture et ceux pour qui aucun transport en commun efficace n’est disponible : c’est un enjeu d’équité urbaine que la ville semble avoir laissé de côté.
L’impact sur l’électromobilité urbaine
Cette réforme londonienne dépasse largement la seule question fiscale. Elle illustre une évolution de fond observée dans de nombreuses métropoles, où les véhicules électriques ne sont plus abordés uniquement sous l’angle des émissions, mais intégrés dans des politiques de mobilité plus globales. Transition énergétique, gestion des flux, usage de l’espace public et efficacité des déplacements urbains s’entremêlent désormais dans un même raisonnement.
À travers cette décision, Londres rappelle que si l’électrique réduit l’empreinte carbone locale, il ne supprime ni la congestion ni la pression sur l’espace urbain. Désormais, ce ne sont plus seulement les émissions qui dictent les choix de taxation, mais bien l’impact global du véhicule sur la fluidité et l’organisation de la ville.


















