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NewsPublié le 26/05/2026
8 min

Ferrari Luce, le Cheval cabré casse les codes pour son entrée dans le mondeélectrique

La sortie d’une nouvelle Ferrari constitue toujours un événement. Qu’elle soit électrique est encore plus retentissant. Mais les fans et les puristes imaginaient-ils autant de ruptures, tant de style que
de technologies avec la Luce (« Lumière » en italien). Imposant modèle esthétiquement difficile à qualifier, remarquable dans son aménagement intérieur, techniquement dans la norme des
sportives électriques du moment et excessivement chère. Présentation d’une auto qui redéfinit le luxe électrique et doit imposer ses codes face aux nouveaux rivaux venus d’Asie.

Crédits photos : Ferrari

Luce, un produit Apple dérivé pour l’automobile ?

Dévoilée à Rome, la Ferrari Luce peut être comparée à un produit Apple dérivé pour l’automobile tant son design insufflé par Marc Newsom et Sir Jony Ive, le designer de l’iPhone et l’iWatch rejaillit dans sa présentation. Esthétiquement, cette forme monolithique et lissée peut heurter les habitués des lignes tendues, galbes généreux et formes élégantes de générations entières de Ferrari. Ces choix ont d’abord été dictés par l’exigence d’efficacité aérodynamique. A l’image des
essuies-glace positionnés à la verticale du pare-brise, c’est inélégant mais nécessaire. Les flux d’air sont ainsi guidés depuis le nez jusqu’au pavillon et via des écopes latérales noires laquées autour des roues. Le coup de crayon très épuré symbolise l’objet technologique sous cette
carrosserie. Longue de 5,02 m (soit 5 cm de plus que le SUV Purosangue), large de 2 m hors rétroviseurs et haute d’1,54 m, la Luce est une sorte de crossover mi-berline, mi-monospace, mi-coupé. Quelques indices comme les feux arrières ronds ou les logos jaunes latéraux rappellent que c’est bien une Ferrari.

Crédits photos : Ferrari

Plus innovante et inspirée à bord

La Luce est la première Ferrari à 5 places de l’histoire. Point original, les 3 occupants de la banquette arrière y pénètrent par des portes à ouverture antagoniste, ce qui facilite grandement l’accès. Avantage de l’électrique, le large empattement (2,96 m) et l’absence de tunnel central de transmission offre une habitabilité inédite sur une Ferrari. Tout comme la taille XXL du coffre : 597 L, un record pour un modèle du Cheval cabré.

Mais c’est à l’avant que le design est radicalement nouveau pour une Ferrari. L’approche se veut très néo-rétro haut de gamme. Le volant à jante affinée comme les voitures de course des sixties. Les matériaux utilisés comme l’aluminium anodisé recyclé, le verre Corning® Gorilla® Glass et le cuir haut de gamme avec des rangements doublés d’alcantara participent à cette idée de transformer la voiture en objet de désir. Les cadrans sont numériques mais conservent une aiguille, seuls les fonds changent à la demande.

Crédits photos : Ferrari

Ces petits détails qui ont leur importance

Outre le soin apporté aux finitions et à la qualité perçue des matériaux et assemblages, quelques détails d’ergonomie prouvent que Ferrari entre dans une nouvelle dimension. La clé de contact, petite commande rectangulaire, se glisse au milieu de la console centrale et se teinte en noir au démarrage comme pour symboliser l’interconnexion entre le pilote et la voiture. La tablette centrale orientable (conservant toutefois de vraies commandes physiques) trouve son inspiration dans les interfaces digitales, tout comme le panneau de commande arrière qui affiche les informations de conduite en temps réel aux passagers.

Sur le plafonnier, placé comme dans un cockpit d’avion, une manette à tirer « Launch control » permet d’activer le processus de départ arrêté. Enfin coexistent sur le volant, le fameux « Manettino » à 5 modes de conduite (ice, dry, ESC off…)  et le nouvel « e-manettino » à 3 positions (Range, Tour, Performance : puissance, courbe de couple et type de traction) pour sélectionner l’usage le plus approprié de l’énergie.

Crédits photos : Ferrari

Une technologie électrique dans la moyenne

Conçue et fabriquée à Maranello, le fief de la marque italienne, la batterie NMC (nickel manganèse cobalt) est composée de 210 cellules. Elle dispose d’une capacité de 122 kWh et son architecture haute tension de 800 V permet une importante puissance de charge jusqu’à 350 kW.

La Luce peut récupérer 70 kWh d’énergie en 20 minutes, soit une rapidité de charge dans la moyenne de la catégorie mais largement battu par la vitesse « Fast Charging » de la chinoise Denza Z9GT (9 minutes de 10 à 97 %). Pas de miracle concernant l’autonomie annoncée, autour de 530 km et sans doute beaucoup moins à l’usage.

Ferrari a installé quatre moteurs à flux radial (vs flux axial sur la Mercedes AMG GT 4 portes). Un moteur par roue délivrant 310 kW de puissance et 355 Nm de couple sur l’arrière ; et 105 kW/140 Nm sur l’avant. La puissance cumulée de l’ensemble affiche 772 kW, soit 1050 ch.

Ces moteurs électriques de traction sont associés à une suspension active à commande électrique (dérivée de la supercar F80) et à un système de direction aux quatre roues, qui fonctionnent en parfaite synchronisation. Fidèle à sa tradition, Ferrari a développé en interne ces technologies et leurs composants : des moteurs aux batteries. Un projet qui compte 60 brevets techniques afin de garantir la qualité et l’exclusivité à long terme.

Crédits photos : Ferrari

Des performances comparables aux concurrentes

La puissance de la Luce est supérieure à 1 000 ch, son couple maximum est de 990 Nm. Ferrari annonce des performances finalement assez proches de la concurrence (notamment Mercedes AMG GT 4 portes). 0-100 km/h en 2,5 s et 0-200 km/h en 6,8 s pour une Vitesse maxi de 310 km/h. Qu’en sera-t-il l’agilité de cette électrique italienne ? La transmission intégrale constitue une première pour Ferrari, mais elle permet d’exploiter le potentiel de la vectorisation du couple avec précision et une réactivité constantes, tandis que le système de transfert de couple et le freinage régénératif assurent de la progressivité du couple et un frein moteur digne d’une voiture de sport. L’efficacité dynamique devrait donc être au rendez-vous malgré le poids élevé lié aux batteries sises dans le plancher (2 260 kg).

Crédits photos : Ferrari

Travail acoustique inédit

En mode sportif, un son artificiel est diffusé via les 21 hauts parleurs dans l’habitacle. Cette production est une synthèse équilibrée entre le son du groupe motopropulseur et un niveau inédit de confort acoustique et vibratoire issu du métal et capté en temps réel. Une sonorité encore plus amplifiée en mode « Perfo ». Ferrari a donc exclu de reproduire une sonorité de V8 ou V12 hurlant mais affiche sa volonté de restituer une ambiance très proche des vibrations naturelles. Inventer un nouveau langage émotionnel, une signature Ferrari en électrique.

Crédits photos : Ferrari

Prix élevé pour entretenir l’exclusivité 

Ferrari ne produit jamais de concept-car, et il est hasardeux de lancer un modèle 100% électrique inédit pour une telle marque de prestige, sans passer par cette étape de prototype. Ce modèle « pilote » doit permettre de valider des choix, prendre en compte les réactions de la fan base (accueil contrasté pour ce lancement) très importante chez Ferrari, comparer avec des technologies concurrentes ou affirmer des partis pris de la marque quant à cette énergie nouvelle.

Reste le prix stratosphérique de la Luce : à partir de 550 000 €, hors taxes et hors options. C’est à la fois déraisonnable et incompréhensible au regard de la fiche technique qui n’est pas meilleure que celle des concurrents et même moindre par rapport à certains modèles chinois. Mais le Cheval cabré cultive son exclusivité et sa légende. 

Crédits photos : Ferrari

Ferrari peut-il convaincre ? 

Ni vraie supersportive par son look et ses proportions, ni GT au long cours, peut-être faut-il voir la Luce comme une dynamique familiale de nouvelle génération. Mais garde-t-elle l’ADN de Ferrari ? Elle ressemble plutôt une carte blanche donnée à des concepteurs d’une électromobilité désirable et fantasmée, l’auto vue comme objet d’ostentation à la recherche d’une nouvelle clientèle plus portée vers les technologies.

A qui s’adresse cette auto ? Sans moteur thermique, Ferrari égratigne le mythe avec la Luce, dont les ventes devraient être faibles. Certains spécialistes évoquent autour de 1 000 exemplaires produits par an, soit moins de 10% des volumes annuels.

En tout cas, elle est la première réponse de Ferrari à l’électromobilité qui gagne du terrain dans le monde. A la différence d’autres constructeurs plus attentistes (Lamborghini, Porsche ou McLaren) la marque de Maranello avance et propose sa vision face aux standards imposés par la Chine.

Quitte à faire de cette Luce une sorte de galop d’essai grandeur nature qui aura pour but d’être remplacée assez rapidement pour faire place à de nouvelles propositions techniques, car le milieu de l’électromobilité évolue très vite.

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