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ExpertisesPublié le 18/02/2026
7 min

Vols de véhicules en France : baisse de 9 % en 2025, les électriques restent largement épargnés

Le ministère de l’Intérieur a publié le 29 janvier 2026 son communiqué « Insécurité et délinquance en 2025 : première photographie », affirmant une baisse de 9 % des vols de véhicules par rapport à 2024. Avec 125 200 véhicules dérobés contre 137 600 l’année précédente, la France retrouve des niveaux pré-Covid. Mais la statistique la plus frappante concerne les véhicules 100 % électriques : ils représentent moins de 1 % des vols, une quasi-immunité qui s’explique par des innovations technologiques faisant de ces modèles des cibles peu attractives pour les réseaux criminels.

125 200 vols en 2025 : un véhicule dérobé toutes les 4 minutes

Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a publié le 29 janvier 2026 une analyse préliminaire couvrant 87 % des crimes et 74 % des délits non routiers. Le document confirme 125 200 vols de véhicules en 2025, soit un véhicule dérobé toutes les 4 minutes en France.

source : Le Lynx

Cette baisse de 9 % par rapport aux 137 600 vols enregistrés en 2024 intervient après une hausse de 7 % en 2023, ramenant la délinquance automobile à des niveaux comparables à ceux de 2019, avant la pandémie. Malgré cela, l’Hexagone reste le pays le plus touché en Europe.

Pour ce qui est du taux de déclaration, il reste stable à 57 % ; cela signifie que près de 6 vols sur 10 font l’objet d’un dépôt de plainte auprès des forces de police ou de gendarmerie.

source : CRSI

Géographie des vols

Les disparités géographiques restent marquées. L’Île-de-France concentre à elle seule 34 % des vols nationaux, confirmant sa position de région la plus touchée. Les Hauts-de-France arrivent en deuxième position avec 17 % des vols, enregistrant une hausse préoccupante de 29 % du risque de vol par rapport à 2024. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur complète le podium avec 15 % des vols, suivie par l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Pays de la Loire.

Ces régions partagent des caractéristiques communes : proximité des axes autoroutiers internationaux, présence de ports facilitant l’export illégal vers le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, et concentration de zones urbaines denses.

Quels véhicules sont les plus ciblés ?

Les citadines et SUV compacts thermiques ou hybrides dominent largement, représentant entre 80 et 90 % des vols. Les véhicules hybrides constituent désormais 53 % des vols en 2025, contre 40 % en 2023.

Le top 5 des modèles volés selon Roole

Roole, spécialiste de la protection automobile avec près d’un million de balises actives en France, a publié son classement des modèles les plus volés sur la base des vols détectés au sein de son parc équipé. Ces données, issues d’un échantillon représentatif, offrent un éclairage précis sur les tendances observées à l’échelle nationale en 2025.

En tête du classement figure la Renault Clio, générations IV et V confondues, avec 347 vols recensés. Elle devance largement le Toyota RAV4 hybride, ciblé à 162 reprises, puis la Peugeot 208 avec 131 vols. Les SUV compacts ne sont pas épargnés, puisque le Peugeot 3008 apparaît également parmi les véhicules les plus exposés avec 109 cas, juste devant la Renault Mégane IV, qui totalise 103 vols.

sourcee : Steffen Jahn

Au-delà de ces modèles très diffusés sur le marché français, Roole observe également une forte attractivité pour certains SUV hybrides premium. Des véhicules comme le DS 7 Crossback ou le BMW X5 sont particulièrement recherchés par les réseaux de voleurs, notamment en raison de leur valeur résiduelle élevée et de leur facilité de revente sur les marchés à l’export.

Les véhicules électriques, cibles marginales : pourquoi ?

La statistique la plus frappante de 2025 concerne les véhicules 100 % électriques : ils représentent moins de 1 % des 125 200 vols enregistrés, soit moins de 1 250 cas. Aucun modèle électrique majeur ne figure dans les tops 10, ni même dans les tops 50 des véhicules volés.

La raison est due à des innovations technologiques dissuasives. En effet, la plupart des véhicules électriques actuellement en circulation sur le territoire français intègrent des systèmes de sécurité de nouvelle génération qui leur permettent d’être très rarement ciblés par les ravisseurs :

  • Authentification UWB et cryptage AES-256 : les clés utilisent la technologie ultra-large bande, capable de détecter les tentatives de relais au-delà de 10 mètres. Le cryptage change de code toutes les 10 minutes. Par exemple, Tesla combine sa Phone Key avec un code PIN obligatoire au démarrage.

  • Mises à jour OTA (Over-The-Air) : les véhicules électriques reçoivent des patchs de sécurité en moins de 24 heures, corrigeant les failles avant exploitation massive. Renault 5 E-Tech, Peugeot e-208 et Tesla mettent à jour leurs systèmes automatiquement, entre autres.

  • Architecture sécurisée : la central gateway agit comme un véritable pare-feu entre le système électronique du véhicule et la prise OBD. Elle empêche ainsi les accès frauduleux directs, une méthode utilisée dans l’immense majorité des vols électroniques de voitures thermiques, qui représentent aujourd’hui près de 94 % des cas.

  • Géolocalisation intégrée : les batteries des voitures électriques peuvent intégrer des systèmes de géolocalisation très précis, capables de localiser un véhicule à moins de cinq mètres près. Résultat : lorsqu’une voiture est volée, elle est retrouvée dans environ 9 cas sur 10, contre seulement 3 à 4 cas sur 10 pour les voitures thermiques. Chez Tesla, le système Sentry Mode surveille en permanence les alentours du véhicule grâce à huit caméras, ce qui permet de détecter et d’enregistrer toute tentative suspecte.
source : EVKX

Une économie du vol non viable

Au-delà des protections techniques, les véhicules électriques présentent des contraintes économiques rédhibitoires :

  • Batteries invendables légalement : les batteries sont traçables et leur revente est encadrée par des réglementations strictes.

  • Marché de l’export limité : les véhicules thermiques volés sont massivement exportés vers le Maghreb et l’Afrique, où les infrastructures de recharge électrique sont quasi inexistantes.

  • Autonomie non limitante : contrairement à une idée reçue, l’autonomie des véhicules électriques (400 à 600 km) n’est pas un frein, les fuites après vol étant généralement courtes (moins de 100 km).

Gaël Musquet : « Les VE intègrent une défense multicouche »

Gaël Musquet, hacker éthique et spécialiste de la cybersécurité basé au Campus Cyber de La Défense, apporte un éclairage nuancé. Dans une interview accordée à notre média en juin 2025, il insistait sur le principe de « résilience » plutôt que d’invulnérabilité absolue.

« Aucun système n’est invulnérable. La vraie question, c’est : combien de temps l’attaquant mettra-t-il à le faire tomber ? Les véhicules électriques intègrent une défense multicouche : authentification UWB, cryptage roulant, mises à jour OTA, géolocalisation intégrée. Le relais UWB est dur à casser sans matériel professionnel, et les mises à jour OTA rendent les exploits éphémères. À l’inverse, les véhicules thermiques ont des calculateurs (ECU) vulnérables en 30 secondes via l’OBD-II. »

source : Mathis Miroux

Musquet alerte toutefois sur les vulnérabilités potentielles des bornes de recharge (faux QR codes, malwares distants) qui pourraient menacer le réseau électrique via le vehicle-to-grid (V2G). Ses recommandations : appliquer les mises à jour OTA comme sur un smartphone, éloigner les clés sans contact, utiliser des antivols mécaniques et privilégier les stationnements surveillés.

Conclusion

La baisse de 9 % des vols de véhicules en 2025 témoigne d’une amélioration globale, mais 125 200 véhicules dérobés restent préoccupants. La réalité frappante : les véhicules 100 % électriques représentent moins de 1 % des vols, grâce à une combinaison d’innovations technologiques et de contraintes économiques qui les rendent peu attractifs pour les réseaux criminels. La sécurité renforcée s’impose ainsi comme un argument supplémentaire en faveur de la transition vers l’électromobilité.

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