Attendu initialement fin avril, le « grand plan d’électrification » du gouvernement sera finalement dévoilé la semaine prochaine. Dans un contexte de flambée des prix des énergies fossiles liée à la guerre au Moyen-Orient, l’exécutif veut accélérer la baisse de la dépendance de la France aux hydrocarbures importés.

Un plan avancé dans l’urgence géopolitique
Alors que les prix du pétrole et du gaz s’emballent depuis fin février 2026 en raison des conflits actuels au Moyen-Orient, le gouvernement a décidé d’avancer la présentation de son plan d’électrification à la semaine prochaine, a annoncé la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, le 27 mars dernier.
- « Nous devons garantir sur le long terme une énergie stable, décarbonée, accessible à tous et produite en France. Cette solution, elle a un nom, c’est l’électrification ».
L’objectif affiché est limpide : faire passer la dépendance de la France aux énergies fossiles importées de 60% aujourd’hui à 40% d’ici 2030, grâce à une électrification massive des usages. Une ambition qui s’inscrit dans la foulée de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), publiée le 13 février 2026 après trois ans d’attente.

La PPE3 : feuille de route d’une France électrique en 2035
En effet, pour comprendre le plan d’électrification, il faut reprendre et comprendre dans quel cadre il s’inscrit. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035 et trace la trajectoire vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Elle fixe les objectifs suivants :
- Part des fossiles : 40 % en 2030, moins de 25 % en 2035
- Part de l’électricité : 60 % en 2030, plus de 75 % en 2035
- Émissions du secteur énergétique : -55 % en 2030, -80 % en 2035
- Parc de véhicules électriques : 15 millions en 2030, 30 millions en 2035
Pour mener à bien ces objectifs structurants, la PPE3 mise sur un mix électrique décarboné. En effet, il combine la relance du nucléaire à savoir le maintien des 56 réacteurs existants et prolonge leur utilité pour au moins 50 années supplémentaires. À cela s’ajoute le lancement de 6 à 14 nouveaux EPR2 d’ici 2035.

En plus du nucléaire, l’exécutif compte développer les énergies renouvelables avec un objectif de triplement de la capacité solaire et éolienne d’ici 2035. Enfin, l’électrification des usages dans plusieurs secteurs s’implante dans cette stratégie : transports, bâtiment, industrie, numérique.
Des promesses qui mènent à des actions immédiates comme l’a annoncé Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, lors de la présentation de la PPE3 :
- « Ça y est. Le décret a été publié. Il était temps. Aujourd’hui nous avons tranché, et dès demain nous lançons les investissements ».
Une évolution qui dépasse désormais le seul cadre environnemental. Comme le résume le Premier ministre, Sébastien Lecornu :
- « La question n’est plus que climatique, elle touche désormais à l’intérêt national ».

Un financement indirect, via les Certificats d’Économies d’Énergie
Reste la question centrale du financement. À ce stade, le plan ne prévoit pas de nouvelles enveloppes budgétaires directes. Le gouvernement s’appuie principalement sur les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE).
Concrètement, ce dispositif oblige les fournisseurs d’énergie à financer des actions de réduction de la consommation énergétique, notamment dans les transports et l’électrification des usages.
Ces investissements ne pèsent pas directement sur le budget de l’État. En revanche, le coût est indirectement répercuté sur les factures d’énergie des ménages et des entreprises, ce qui pose la question de son acceptabilité à moyen terme.

Des zones d’ombre avant la présentation officielle
Malgré ces grandes orientations, plusieurs points restent encore flous à quelques jours de la présentation officielle.
D’abord, les mesures concrètes appliquées au secteur des transports ne sont pas encore détaillées. Les objectifs existent, mais leur traduction opérationnelle (aides, obligations ou calendrier précis) reste à préciser.
Ensuite, la question de la gouvernance demeure ouverte. La nomination d’un pilote dédié à l’électrification, régulièrement évoquée par les acteurs de la filière, n’a pour l’instant pas été confirmée.
Enfin, la capacité industrielle constitue un enjeu clé. Derrière l’objectif d’électrification massive se pose une question simple : la France et l’Europe seront-elles en mesure de produire suffisamment de batteries, de véhicules et d’infrastructures pour suivre le rythme ?

Une stratégie sous tension entre souveraineté et dépendances industrielles
Car c’est bien là tout le paradoxe de ce plan. En cherchant à réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées, la France s’expose à une autre forme de dépendance, cette fois liée aux technologies électriques.
Aujourd’hui, environ 60 % des batteries de véhicules électriques proviennent d’Asie, tandis que la majorité des composants stratégiques reste produite hors d’Europe.
Face à ce constat, le gouvernement prévoit d’introduire dès septembre 2026 des critères dits de “résilience”, visant à favoriser les équipements assemblés en Europe.

Ce qu’il faut retenir avant les annonces
Une chose est certaine : le plan d’électrification doit être présenté dans les prochains jours, avec une priorité clairement donnée aux transports et à l’électromobilité.

L’objectif est connu : réduire la dépendance aux énergies fossiles de 60 % à 40 % d’ici 2030, tout comme le cadre, fixé par la PPE3.
Reste désormais à savoir comment ces ambitions vont se traduire concrètement sur le terrain : soutien aux véhicules électriques, développement des infrastructures de recharge, électrification des flottes professionnelles ou encore transformation de la logistique.











